The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
Emid Dictionary
Les jours grincent, les heures s’enraient, le récit se délite. Le passé ne porte plus le présent, le présent ne s’entrouvre plus sur l’avenir. La vie tombe en panne ; c’est la dépression. On ne se disperse pas sans courir le risque de succomber à la folie ; on ne se cristallise pas sans courir celui de se raidir et de se scléroser. La névrose en est venue à désigner les perturbations du sens de l’identité – de la relation qu’on entretient avec soi. Ce serait désormais une pathologie générique pour les troubles existentiels qui guettent nos tentatives de vivre malgré toutes les raisons qu'on aurait de ne point survivre. La névrose est le trait le plus commun de l’homme occidental. Elle est si générale qu'elle ne dit plus grand-chose. Elle n'en a pas moins marginalisé les considérations existentialistes du XXe siècle, au point qu'on peine désormais à lire Sartre et à le suivre dans ses considérations ontologiques.
On renonce d'autant moins à sa névrose qu'elle est porteuse d'une compensation à l'inhibition morale et religieuse qui pèse sur la pulsion sexuelle. Elle détermine le dessein et le dessin du désir 'détourné' (perverti ? sublimé ?) qui se substitue au désir 'naturel', lui imprimant un pli duquel il ne se départ pas, à moins qu'il ne soit entravé à son tour et ne réclame un prix émotionnel qu'on n'est pas en mesure de consentir. La névrose imprègne tant les traits de caractère qu'on n'y renonce pas (si tant est qu'on le 'peut') sans brader son être. Aussi est-il recommandé de ne toucher à sa névrose qu'à partir du moment où elle n'est plus un mode de contraction du moi et devient une menace de dissolution pour lui. Il en est de la névrose ce que l'on sait désormais de la religion : on ne renonce pas plus à cette dernière – tant au sens qu'elle véhicule qu'au salut qu'elle fait miroiter – qu’à sa névrose – qui fait miroiter la satisfaction du désir de substitution en lieu ou en plus du désir naturel.
La névrose se rencontre à divers degrés selon les individus et prend autant de tournures, variant selon les cultures, les âges et les productions destinées à l’occulter. On ne la traite pas, on la gère. On l'encadre de rites, d'engagements, de missions… de vocations. Seul le dilettante en serait protégé. Le névrosé déclare : « Si ce n'est moi, ce ne peut être quelqu'un d’autre. Si ce n'est de cette manière, cela n’aura pas lieu. Si ce n'est aujourd'hui, ce ne sera jamais. » Le dilettante rétorque : « Si ce n'est moi, ce sera un autre. Si ce n'est de cette manière, ce sera d'une autre. Si ce n'est aujourd'hui, ce sera un autre jour. » On ne choisit pas plus d'être dilettante que névrosé.
La Méditerranée enrobe l’individu. Elle exerce ses attraits sur lui. Elle l’excite davantage qu’elle ne le rassérène. Elle ne le menace pas, elle le hâle. En Méditerranée, on ne peut être cultivé et ne point connaître sensuellement ses arbres, ses herbes et ses fleurs. La végétation serait son premier texte, plutôt colorié, et on le lirait de tous ses sens. En Crète, les oliviers passaient pour être bleus. Depuis la nostalgie aurait la couleur bleue et le goût de l’huile d’olive. La nostalgie méditerranéenne bien sûr.

