BILLET D’AILLEURS : ZAATOUT HORS-COMBAT

18 Jun 2022 BILLET D’AILLEURS : ZAATOUT HORS-COMBAT
Posted by Author Ami Bouganim

Je suis triste pour Zaâtout et encore plus pour moi. Il devra plier bagages et retourner à ses livres. Le soir de son élimination au premier tour des législatives en faveur d’obscurs inconnus, l’orgueil blessé incurvait dangereusement ses traits. Son allocution n’en était pas moins caractéristique du personnage : « J’aurais aimé vous représenter vous qui me ressemblez tant… L’histoire nous donnera raison… » Le malheureux se sentait porté par l’histoire, il ne pouvait que chercher sa consolation dans l’histoire. Il ne sait pas que l’histoire, surtout telle qu’il la pratique, est versatile et se laisse racoler par quiconque l’invoque et se range du côté de quiconque la chevauche. Elle est la consolation des mauvais prophètes et des intellectuels délurés.

Je croyais vraiment tenir le personnage qui me sortirait de mon marasme littéraire. Un Messie se doublant d’un bretteur salivaire dont les postillons perçaient l’écran, guignol principal dans le cirque bolloréen, champion de la guerre des civilisations qui mettait toute sa notoriété médiatique, accumulée à force de coups de bec dans le dos et sous la ceinture au service de la patriotardise hexagonale – je ne pouvais rêver d’un meilleur héros pour un roman sur la cuistrerie médiatique que réclame un manège politique où l’on s’abstient de se salir les mains. Je ne devais concevoir ni l’action ni les répliques, celles que me fournissait Zaâtout dépassaient toute imagination. Je n’avais qu’à suivre ses galipettes médiatiques, ses joutes verbales, ses pugilats citationnels et les consigner. Perdre avec 7% des voix au premier tour de la présidentielle était somme toute honorable pour un cabotin des plateaux télévisés. C’était signe qu’il incarnait un véritable épouvantail. Je misais, je l’avoue, sur son succès aux législatives pour poursuivre cette chronique. Imaginez le cirque parlementaire que c’eût été avec un zaâtout subjonctiviste au palais Bourbon !

J’y ai cru pendant trois ou quatre semaines, lui aussi d’ailleurs. Il ne ferait qu’une bouchée de ses adversaires. Il a d’ailleurs mené sa campagne au pas d’une succulente farniente. Les meilleures vacances de sa vie. Sans livres assommants à lire. Sans chroniques à rédiger pour le Figaro. Sans protagonistes à trucider sur un plateau de télé (quoique cet exercice commençait à assouvir des remontées draculiennes). De Bormes-les-Mimosas à Rayol-Canadel-sur-Mer, du Lavandou à Saint-Tropez. En tenue estivale, sans plus de cravate au nœud coulant ou de lunettes pare-brise, d’une décontraction à séduire les électeurs qui, pour habiter le Var, ne pouvaient qu’être en vacances perpétuelles. Logé gratuitement chez le maire de Cogolin. Caviar d’aubergine, bouillabaisse, brouillade de truffes, brousse du Var, tarte tropézienne. Une bière Riviéra toutes les heures. Célébré par les marchés comme si depuis Brigitte Bardot, la région l’attendait pour se donner… un playboy comme député. Il le méritait bien. Cela faisait un an qu’il menait croisade contre ou pour Tutti Quanti, courait les studios pour promouvoir son livre et réhabiliter les Z historiques. Il n’avait peut-être pas remporté la présidentielle – ce n’est que partie remise – il avait monté sa mayonnaise. Elle était dans la marmite gauloise, de tous les plateaux de télé. La France avait besoin d’être revirilisée. Le féminisme, l’homosexualité, l’humanitarisme ont sucé sa moelle. La malheureuse n’est plus qu’une pâte à modeler aux mains des islamo-gauchistes sous la houlette de Cheikh Mélenchon. Il se vantait de la lui avoir restituée avec l’aide Sarah.

L’amour, je vous le concède, n’excuse pas tout, d’autant que Zaâtout donnait l’impression d’être amoureux avec 40 ans de retard. Convenons-en : il serait mieux passé chez les cathos intégristes qui ne comprennent rien au divorce et n’ont pas vraiment le sens de l’amour surtout lorsqu’il s’accompagne d’une trahison maritale indigne d’un homme de… conviction. La postérité n’en sera pas moins reconnaissante à Sarah. Sans elle, on aurait eu droit à l’antienne sur les sacrements sacro-saints du mariage. On ne doit pas être un grand commentateur du divan pour deviner que ce zaâtout se prenait pour le Solal d’Albert Cohen au moins. On avait beau lui présenter un miroir, il ne voyait qu’un beau guerrier de la reconquête de la France réquisitionnée par les émigrés. On avait beau lui fourguer « Belle du Seigneur » pour le purger de Maurras, Bainville, La Rochelle et Tutti Quanti, avec l’espoir qu’un peu de littérature, à la place de ses manifestes politiques, polirait son personnage, il ruait dans les banlieues perdues de sa France.

Depuis qu’ils ne se quittaient plus, on avait l’un des romans les mieux soutenus et couverts en France. Un chibani avec sa nièce, c’était peut-être courant au bled du temps des Français, ce l’est moins au pays de Voltaire où notre vieillard, se posant en caricaturiste, adressait une lettre aux parents où il les mettait en garde contre les dangers scolaires qui guettent leurs enfants. Dans sa dernière interview, une journaliste lançait : « N’avez-vous pas honte ? » Il est du clan Zemmour, elle aurait dû savoir que ces gens-là n’ont pas honte. Sinon il aurait rempli sa bouche d’eau, comme l’on dit là-bas, pour en endiguer l’égout. Il a passé des années, jour après jour, à traîner les émigrés – comme s’il n’en était pas un ! comme s’il n’était pas la caricature la plus ridicule de leur assimilation après Jean Messiha ! – dans la boue, à les invectiver, les traiter de racaille, malmener leur religion, on n’avait pas pour autant le droit de le traiter de raciste, d’islamophobe, de puceron fascisant. C’est qu’il ne parlait plus, le zaatout, il assenait ses avertissements, ses semonces, ses prophéties : « Comment dire ? – Ne dites surtout rien. – Comment cela ? Vous m’avez posé une question, vous voulez bien que je réponde. – Chaque fois que vous commencez par dire « comment dire », c’est signe que vous allez énoncer une banalité ou proférer une invective. – Je voulais compléter ma démonstration et vous m’interrompez. – Vous ne démontrez jamais rien, vous réitérez vos insultes, vous n’êtes pas Dieu pour avoir raison contre tous. – Je ne savais pas que je n’étais pas Dieu. » Ben voyons…

Comment vous demandez-vous tant de juifs aient pu soutenir l’énergumène ? – Ses soutiens ont été sonnés par les cloches de la colonisation. Sans la France, reprennent-ils ses rengaines, l’Algérie n’aurait pas existé, les Marocains se seraient entre-dévoré, la Tunisie aurait été un grand bordel, le Sénégal n’aurait pas donné Senghor (qu’il n’a pas plus lu qu’il n’a lu Baudelaire, Rimbaud ou Valéry, il n’a rien lu de ce qu’un honnête homme devrait lire, il a ingurgité les vomis de toute une galerie de cracheurs de haine), Haïti n’aurait pas produit La Ferrière qui dépareille l’Académie française et les colonies toujours sous domination métropolitaine n’auraient pas bénéficié des allocations sociales. En revanche, ceux qui se démarquent de lui ne seraient que des faux-culs ou des lèche-culs. Comme chez Fénelon, Voltaire, Rousseau et Tutti Quanti.

Ne cherchez ni dans Voltaire ni dans Tutti Quanti, pour la simple raison qu’il déblatère à tort et à travers. C’est son bagou, sa marque, sa morsure… sa bêtise. Je demande l’indulgence des lecteurs pour ce personnage qui – permettez-moi de continuer à miser sur lui – ralliera les grands personnages des lettres universelles à l’instar de Gourmelin, Don Quichotte, Iznogoud… Ceux qui s’aviseraient de me reprocher des attaques ad hominem, je leur rétorquerais que ce n’est pas le premier venu qui s’en attire de ma part. Il incarne pour moi une telle promesse littéraire que je me considérerais comme le principal lésé de son éventuelle disparition de la scène publique et médiatique. Alors vive la République, vive la France et surtout vive Zaâtout.