BILLET D’AILLEURS : LE REBOND DE ZAATOUT

1 Jul 2022 BILLET D’AILLEURS : LE REBOND DE ZAATOUT
Posted by Author Ami Bouganim

Je n’ai pas le choix, je dois me mettre au service de Zaâtout. Sinon je n’aurais pas mon roman. Ce serait une catastrophe s’il s’avisait de démissionner de son poste comme président de Reconquête, de se retirer de la vie publique, de gagner une île dans les Caraïbes. Il nous laisserait avec les combines de Macron qui ne va pas manquer une figure de rhétorique pour semer la discorde dans la Nupes (qui persiste à chanter victoire même si les jours de Mélenchon seront de moins en moins mitrailleurs), avec les Républicains (qui risquent de se laisser doubler par le Front National qui s’imposerait – grâce à Zaâtout – comme un parti de gouvernement somme toute respectable), avec Bock-Côté (shkoun hada ?) qui rédige et récite ses chroniques avec un accent et une assiduité québécoises qui l’excluent du cirque médiatique gaulois dans lequel il tente de s’insinuer. Je ne manque pas de pistes pour poursuivre cette chronique. Je dois encore donner le dénouement de la liaison de Zaâtout avec Sarah – non moins importante que celle de Don Quichotte avec Dulcinea del Toboso –, l’accompagner en consultation chez son psy, qui serait de Marrakech, formé à l’école des Gnawas de Jamaa el-Fna, recueillir ses confidences à la maison de repos où il devra passer bien du temps pour se calmer, arrêtant de gigoter en gloussant et de glousser en gigotant, avant de se lancer dans une nouvelle campagne qui ne durerait pas moins de cinq ans. Au faîte de sa gloire, Zaâtout déclarait : « C'est ma collaboratrice, ma compagne, il n'y aurait pas eu de campagne sans Sarah Knafo. » Jamais je n'aurais conçu, je l'avoue humblement, plus belle déclaration d'amour et dans ma misère littéraire j'en suis à me demander s'il aurait dans l'avenir une campagne sans compagne.

J'ai vraiment besoin des prestations de Zaâtout pour mon roman, la France en a besoin pour son roman national, le monde pour son roman médiatico-politique. Il s’est donné le plus grand parti de France à un moment où les partis n’ont plus de raison d’être, il a célébré Poutine au moment où celui-ci était cortisonné et contusionnait le monde, il a réveillé les âmes chrétiennes en ranimant les cierges arméniens. Contrairement à Macron, ce n’est pas un vulgaire disciple de Ricœur, de son herméneutique, de sa rhétorique, de son éclectique, c’est… Zaâtout. Il n’a pas tardé à se manifester pour fêter l’anniversaire de Jean-Marie Le Pen (dans l’espoir secret de serrer la pince de Marine ?) et redonner des couleurs à l’audience de Christine Kelly sur Cnews : « Je ne veux pas être le chroniqueur de mes défaites… j’écris un livre dessus. » Quel scoop ! quelle surprise ! Je propose d'ardoiser sa couverture et de lancer d’ores et déjà les précommandes pour tous ceux qui ont besoin de briques pour recouvrir leur toit endommagé par la grêle ou pour se donner un missel du puérilisme, de l’ingénuité (ce sont ses termes !) et du petit-connisme (c’est mon terme) politico-médiatiques. En revanche, il ne fera pas son mea culpa ! Parole de Zaâtout qui ne pousse pas un grognement ou un soupir qui ne soient de vérité. J’ai tout fait faux même si tout était vrai. J’ai contribué à la dédiabolisation, me posant moi-même en petit démon judéo-berbère, de Le Pen qui peut enfin s’offrir son groupe et réclamer ses commissions de je ne sais quoi. J’ai révélé le vrai visage des couches populaires chaperonnées par les artistes et les médias en les poussant dans les tentacules de la racaille islamo-gauchiste. Je n’ai visé aussi haut que pour me retrouver au plus bas et accomplir le vertigineux saut en rase-plateaux de télé (vous n’avez pas besoin de comprendre, vous n’avez pas l'agilité simiesque requise pour suivre mes numéros). Vous allez voir ce que vous allez voir, vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas averti. On sait désormais que Zaâtout ne bat pas des records d’audience parce qu’on adhère à ses thèses mais parce qu’il donne des prestations parmi les plus divertissantes et cathartiques de France, de ses pieds-noirs et de ses colonies. Seul son vice-président, passé du RN ou du LR à Reconquête, montrerait plus de superbe. Découvrant son échec sur un plateau de télévision, il a cette réaction digne du dictionnaire des citations de Zaâtout : « J’avais choisi le panache des convictions plutôt que le confort de la carrière. »

Maintenant que Zaâtout ne peut plus mettre les pieds dans un stade de foot sans en être exclu, qu’il ne plus voir une boule de pétanque depuis que les retraités varois l’ont envoyé paître, que son abonnement à la piscine du Ritz a été résilié pour agression contre une cliente américaine qui ne lui présentait pas de livre à signer, ne sollicitait pas un autographe, ne lui demandait pas un selfie à ses côtés en maillot de bain ou se permettait plus prosaïquement « d’emprunter la même ligne d’eau que lui » ( ?) et de ne point rire à ses « plaisanteries de garçon de bain » ( ??), il passe son temps à mettre les points sur les i avec ses lieutenants et à orchestrer la campagne d’abêtissement du peuple destinée à le gagner à ses vessies. Cela dit, je lui trouve plus de charmes qu’à Mélenchon qui se propose comme Premier chorégraphe des Insoumis et ne manque pas une occasion de beugler, qu’à Maître Onfray, nigaud intellectuel patenté, coincé entre Caen et Maastricht, qui se pose en représentant des abstentionnistes et bat son propre record de conneries à la minute sur les plateaux de télé, qu’au prof. Raoult qui persiste à ingurgiter sa potion magique pour devenir ministre universelle de la Santé. Tout Zaâtout qu'il est, lui au moins se prend pour Vercingétorix, Bonaparte et De Gaule réunis. C’est la marque de Zaâtout que de se prendre pour ce qu’il n’est pas, ce qu’il ne sera jamais. Ce n’est pas un intellectuel, ce n’est pas un politicien, ce n’est pas un athlète, ce n’est pas même un gangster.

Je me doute bien que mon insistance a de quoi irriter. Je ne peux que m'en excuser en prétextant que je ne trouve pas personnage plus cocasse et pathétique, heureux et malheureux, conséquent et paradoxal, prometteur et attardé. Ni d'ailleurs procédé de narration romanesque plus adapté aux nouvelles ressources technologiques. Plutôt que de vous en irriter, racontez-moi donc la visite de Zaâtout à Jamaa el-Fna, sa résidence à Bereshid, ses démêlés avec le montreur de singe qui a voulu lui passer une laisse au collet. Je ne suis qu'un malheureux lecteur des "Mille et Une Conneries" qui ne trouve plus de cercles de conteurs ailleurs que sur son écran. Je persisterai par conséquent à rédiger cette chronique tant qu'on n'aura pas sonné le rappel des conteurs sur les places publiques et sur les marchés. Serais-je donc le seul à me montrer curieux du destin romantico-politique de plus drôle drille jamais conçu par les médias ? Je n'ai qu'un seul regret et c'est celui de ne pas être à la hauteur de ce fantastique personnage…