BILLET D’AILLEURS : LA « CAMPAGNIE » ZELENSKY

15 Oct 2022 BILLET D’AILLEURS : LA « CAMPAGNIE » ZELENSKY
Posted by Author Ami Bouganim

Je persiste à ne pas comprendre la politique de l’Occident en Ukraine. Les analyses géopolitiques ne manquent pas, toutes s’accord à situer les bons du côté de Zelensky, les mauvais du côté de Poutine. Pas une voix ne détonne, presque pas. On endure stoïquement le tambour militaire du premier, on range sans ciller le second dans la galerie des dictateurs. Le clown s’est mué en héros de guerre à la tête d’un arsenal dont il ne cesse de réclamer l’accroissement, le tsar en héros gogolien qui se révèle sans âme et sans armée. Le premier s’offre la plus grande scène dont un comédien puisse rêver, dans un rôle qu’il veut magistral et qui suscite, du moins chez moi, des irritations comico-politiques ; le second, dans le rôle d’un tsar retenu dans son Kremlin, attend que la pièce spéciale qu’il a débutée comme une ballade primesautière s’enlise dans la boue de l’hiver. Je ne sais ce que veulent l’un et l’autre, encore moins ce que veulent les Ukrainiens et les Russes. Je présume que ni les uns ni les autres ne veulent de ce massacre des populations civiles. Ils savent que c’est une guerre fratricide, même les Ukrainiens, et que rien n’amènera les Russes, y compris sous la houlette du successeur de Poutine, à renoncer à la Crimée sinon à Kiev, pas même l’exacerbation dans et par le sang d’une conscience nationale ukrainienne. La Russie a perdu ce qu’elle avait de plus important que le Donbass, sa force de dissuasion militaire conventionnelle, son pouvoir de mobilisation… ses griffes d’ours. Ce n’est pas pour autant qu’elle a perdu la guerre et ce ne sont pas les fanfaronnades de Zelensky et leurs commentateurs occidentaux qui vont me convaincre que les Russes ont dit leur dernier mot. L’Ukraine n’est pas l’Afghanistan et même la Russie de l’après-Poutine, parce qu’elle est plus culturellement sophistiquée, éclairée et passionnée que la France, l’Allemagne et le Luxembourg ( ?) réunis, choisira d’exercer ses charmes et ses attraits pour ramener l’Ukraine dans le giron de sa sphère religieuse orthodoxe. Contrairement aux balivernes de Poutine, on n’assiste pas à un heurt civilisationnel et les Russes continueront de se tourner davantage vers Athènes, Rome, Londres et Nice que vers Samarkand, Astana ou Hyderabad.

L’acteur pervers dans cette guerre qui prend de plus en plus la tournure d’une Première Guerre mondiale localisée sont encore les Etats-Unis qui se sont discrédités sous les injonctions de la France en s’acoquinant avec MBS, le commanditaire du meurtre de Jamal Khashoggi. Ce sont eux qui l’alimentent à coup de milliards de dollars, que ce soit directement ou par l’intermédiaire de l’OTAN qui renaît des cendres ukrainiennes. Les Américains ne sont pas tant soucieux d’arrêter Poutine tenté de récupérer Budapest et Prague – ils doivent se tenir les côtes de rire face à la peur rouge de l’Allemagne et à la dégaine gaullienne de la France qui ne sait entre quelles pattes cacher sa queue malienne – que de dissuader les visées annexionnistes des Chinois sur Taïwan qui, si elles se concrétisaient, bouleverseraient vraiment l’équilibre géopolitique. C’est que, pour les besoins de ce post, Taïwan n’est pas moins territoire chinois que l’Ukraine n’est territoire russe. En humiliant Poutine, les Américains, seuls habilités à décider qui sont les good et bad guys, poursuivent trois objectifs au moins : se reconstruire après leur cuisante débâcle en Afghanistan ; expérimenter un nouveau mode d’intervention militaire, sans plus de boots sur le terrain, avec toutes les armes ; intimer une limite à Pékin et à son petit obusier nord-coréen. Le tout convergeant avec leurs intérêts économiques tant face à l’Europe qu’à la Chine. Ce qui serait somme toute légitime si cette guerre de diversion ne détournait de plusieurs autres champs de turbulences politiques dans le monde. La répression en Syrie et le sort de millions de déplacés ; la belle révolte en Biélorussie et sa répression par un auxiliaire de Poutine ; la menace sur l’Arménie tenaillée par la Turquie et l’Azerbaïdjan ; l’éclatement qui guette l’Afrique. Plus grave encore : la répression d’écoliers, de lycéens, d’étudiants… par les gardiens de la révolution iranienne qui commettent plus de crimes que le Tchéchènes et les Russes réunis.

Je veux croire que les bons sont d’un côté, les méchants de l’autre. Je suis par conséquent pour la victoire de Kiev, la marche sur Moscou, la reconstitution de la grande Russie sous le tambourinement de Zelensky. Je demande seulement que jusque-là on marque une pause dans cette tragi-comédie, arrête le feu de part et d’autre, retourne aux accords de Minsk. Ce qui se passe en Ukraine est un rebondissement dans les démêlés domestiques séculaires entre les deux entités. Les Chinois ont compris, Poutine cherche une sortie honorable. Sitôt que Zelensky n’aura plus rien à attendre de sa tournée médiatique dans les grandes assemblées internationales, le Kremlin cherchera un compromis et l’on pourra – peut-être – éviter le chaos en Afrique avant que ce ne soit trop tard et s’intéresser de plus près à l’Iran. Une civilisation est cachée dans ce pays et elle mérite assurément d’éclore à nouveau. N’assistons-nous pas à la première insurrection féminine qui sortirait l’histoire de son carcan masculin ? Concédez-moi au moins que c’est plus prometteur que ce qui se passe avec « la campagnie » Zelensky et derrière les fastueuses portes dorées du Kremlin…