SUR LES TRACES DE DIEU AVEC RUMI : LES NOCES AVEC L’ETERNITE

6 Dec 2022 SUR LES TRACES DE DIEU AVEC RUMI : LES NOCES AVEC L’ETERNITE
Posted by Author Ami Bouganim

Pour Rûmi, la vie n'est rien ; elle ne doit être rien. On est condamné à vivre avec un cadavre. Le sien. On assume l'éphémère. D'un jour à l'autre : « Je suis l'esclave de cette aurore » (« Odes mystiques », Editions du Seuil, 1973, p. 72). D'une nuit à l'autre : « La lune donne un baiser chaque nuit à celui qui dénombre les étoiles » (& 97). D'un instant à l'autre : « A chaque instant, la grâce arrive vers nous, Sinon, personne ne pourrait avoir ce désir » (& 831). Dans la célébration de chacun. La mort est saut dans le salut. Elle garantit le passage de l'éphémère à l'éternité. Elle arrache aux ronces d'une vie semée d'embûches. Elle libère des rets de l'intelligence. Elle pousse au-delà de la distinction entre le bien et le mal : « Notre mort, c'est nos noces avec l'éternité » (& 833).

La foi est un océan où l’on plonge à ses risques et périls. Nul n’est assuré de ne pas couler, nul n’est sûr d’en remonter : « Aucun oiseau ne peut plonger dans la mer s’il n’est pas un oiseau de mer. » Il n’est pas de religion sans expérience extatique et celle-ci prend volontiers la tournure du derviche tournant ou errant. On « brûle du désir ardent d’Allah » et le cherche dans son cœur et de son cœur au point de se perdre en lui et de n’être que lui. Le soufisme baigne tant dans l’amour qu’il succombe à la pamoison et celle-ci conduirait à l’innocence du dépouillement le plus extrême : « Car la nourriture de l’amoureux, c’est l’amour du pain sans pain ! Le fidèle n’a pas d’existence. Il fait des gains sans avoir de capital. Il n’est pas possible qu’un enfant qui tète mange » (Djalâl Al-Dîn Rûmî, Le Mesnevi, Albin Michel, 1988, p. 89).