The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LA NOSTALGIE DE L’ANDALOUSIE

L’Andalousie, dans le sud de la péninsule ibérique, est un mythe composé et raturé par l’histoire des trois religions. Une sublime avancée de l’Arabie, qui se risqua jusque-là pour chercher un sens à ses conquêtes et les arrêter. Philosophiquement, religieusement, poétiquement. Les Omeyyades ont d’abord bâti leur khalifat qui a vite éclaté en royaumes des Taifas qui se proposaient comme autant de royaumes de villégiature. Les Omeyyades ont été suivis par les Almoravides, dont l’esprit de conquête s’est heurté aux charmes et aux loisirs de la contrée. Les Almohades leur ont succédé en une cavalcade berbère dont on occulte la puissance et souligne l’intransigeance. L’Andalousie ne se remettait pas du bouillonnement des uns et de la rigueur des autres qu’elle succombait à la reconquête chrétienne. Elle s’en serait peut-être remise si l’Inquisition ne s’était mise à la vider de ses Juifs et de ses Maures. On veut croire que l’histoire aurait été bouleversée si ce premier lieu de rencontre entre les trois religions monothéistes, en lequel d’aucuns décèlent un laboratoire de coexistence, n’avait décanté en vestiges architecturaux et en bribes poétiques.
La poésie fut d’abord, dans la meilleure des traditions bédouines, une émulation au combat. Mais quand les guerriers, succombant aux insinuations des saisons et aux délices de la vie, se retiraient dans leurs palais et leurs casernes, ils se mettaient à l’amour et au vin. Le style passait pour une vertu et un talent, voire pour un don où continuaient de retentir des velléités prophétiques. Le chant – en arabe, en hébreu, en latin – conte la romance de l’Andalousie où convergent l’engouement des Bédouins et des Berbères pour ce seuil de l’Europe, la tendresse de Juifs pour ce bout de l’exil et l’attachement des Chrétiens pour cette pointe de l’Europe. L’Andalousie, dont « nous portons en nous », disait Jacques Berque, « à la fois les décombres amoncelées et l’inlassable espérance », est devenue une métaphore méditerranéenne.

