The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
JOURNAL DE LA PERPLEXITE : HOMO MEDITERRANUS

L’homo mediterranus participe des décors auxquels il s’intègre en les respirant. La chaleur mêle les arômes qui se dégagent des herbes et des arbres : « Au bout de quelques pas », écrit Camus, « les absinthes nous prennent à la gorge. […] Leur essence fermente sous la chaleur, et de la terre au soleil monte sur toute l’étendue du monde un alcool généreux qui fait vaciller le ciel. Nous marchons à la rencontre de l’amour et du désir. Nous ne cherchons pas de leçons, ni l’amère philosophie qu’on demande à la grandeur. » L’homo mediterranus trouve son bonheur dans la sollicitude que la nature a pour lui et dont il l’entoure. On l’imagine se contentant de voir et de sentir, ne se prêtant à d’autre baptême que dans la mer. Sans s’interroger sur les dessous ou les dessus, menant une vie étoilée, goûtant le pollen des fleurs, tentant de donner à sa vie l’allure d’un hymne. Chaque jour serait de noces, avec la terre, les vagues et le vent et ces noces se concluraient sans témoins. L’homo mediterranus se montre à la hauteur de ses sens et assume ses passions. Ses désirs. Ses dieux. Ses démons. Il raille l’homme continental auquel il reproche son air pincé et sa propension à dramatiser la question du sens. Plutôt que de succomber au désarroi, il donne libre cours à son exubérance, il se montre curieux de l’autre, va à sa rencontre, l’accueille dans ses intérieurs, noue conversation. La parole n’est pas tant une faculté qu’une propension, pour tout dire et ne rien dire, parce qu’il est davantage acquis à la gratuité qu’à la préciosité. Il parle comme il respire, il n’insiste pas, ne rechigne pas, ne juge pas nécessaire de se dédire ou de s’excuser. Il ne parle autant que parce que la parole est un don qui n’engage pas plus qu’un autre. Il baigne dans une ambiance plus propice à la convivialité qu’au repli sur soi. Edgar Morin se poserait en Méditerranéen par excellence :
« Mes gênes vous diraient que toutes ces identités méditerranéennes successives se sont unies, symbiotisées en moi, et, au cours de ce périple bimillénaire, la Méditerranée est devenue une patrie très profonde. Les papilles de ma langue sont méditerranéennes, elles appellent l’huile d’olive, elles s’exaltent d’aubergines et de poivrons grillés, elles désirent tapas ou mézés. Mes oreilles adorent le flamenco et les mélopées orientales. Et dans mon âme, il y a ce que je ne sais quoi qui me met en résonance filiale avec son ciel, ses îles, ses côtes, ses aridités, ses fertilités […]. Méditerranée ! Notion trop évidente pour ne pas être mystérieuse ! Mer qui fut le monde et qui demeure, pour nous, Méditerranéens, notre monde ! » (Edgar Morin, « Matrice de cultures, zone de tempêtes : Mère Méditerranée », dans Le Monde Diplomatique, août 1995, p. 12).
L’homo mediterranus ne triche pas avec son cœur ou son esprit, il ne triche pas avec Dieu. Il n’a pas de patience pour la théologie, il croit ou ne croit pas, Dieu le comble ou l’ennuie. Il n’ambitionnerait d’autre bonheur que celui qu’il trouve à être ce qu’il est et à être exaucé par sa présence, dans la coïncidence avec soi, sans altercations internes ou externes, sans toute cette agitation que l’Occident judéo-chrétien souhaite promouvoir comme ressort de l’on ne sait quelle foi ou quelle responsabilité : « Il y a un sentiment que connaissent les acteurs lorsqu’ils ont conscience d’avoir bien rempli leur rôle, c’est-à-dire au sens le plus précis, d’avoir fait coïncider leurs gestes et ceux du personnage idéal qu’ils incarnent, d’être entrés en quelque sorte dans un dessin fait à l’avance et qu’ils ont d’un coup fait vivre et abattre avec leur propre cœur » (A. Camus, ‘Noces à Tipasa’, dans « Noces suivi de l’Eté », p. 20). L’homo mediterranus mise sur la beauté et sur la chair avec la conviction intime, que rien ne démentirait, qu’il va les perdre. Sans grandes illusions, sans grands mirages. Il ne s’entendrait qu’à dénoncer la misère et célébrer la générosité. Il n’aurait d’autre choix que de se résoudre pour mieux connaître la satiété qui comblerait les incises de la perplexité.

