The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
DANS LE SILLAGE DE BARTHES : ECRIVAIN ET ECRIVANT

Barthes nous a posé la distinction entre écrivain et écrivant : le premier s’acquitte d’une mission à laquelle il ne peut se dérober ; le second se livre à une activité qu’il accomplit avec plus ou moins d’habileté : « L’écrivain participe du prêtre, l’écrivant du clerc ; la parole de l’un est un acte intransitif (donc, d’une certaine façon, un geste), la parole de l’autre est une activité » (R. Barthes, « Ecrivains et Ecrivants », dans « Essais », p.152). L’écrivain se pose la question de l’écriture pour, dans et par son écriture. Concentré sur sa parole, il s’absorbe, d’abord et avant tout, dans sa mise en forme, alliant un souci technique (« de composition, de genre, d’écriture ») à des prédispositions artisanales (« de labeur, de genre, d’écriture »). Même s’il se concentre sur le « comment écrire », il présume d’un « pourquoi écrire » et engage un écrire le monde : « L’écrivain est un homme qui absorbe le pourquoi du monde dans un comment écrire. » L’écrivain imprime son besoin ( ?), son inspiration ( ?), sa mission au langage alors que le lecteur considère ce dernier comme le véhicule d’un contenu. L’écrivain se reconnaît ou manque de se reconnaître dans la réception de son texte par le lecteur. Il est souvent confronté à des réactions qui, pour manquer l’essentiel de son travail, le déçoivent.
Barthes revêt la littérature d’une mission quasi eschatologique. Elle est libre et souveraine, pratique le langage comme elle l’entend, dans tous les sens, et le soutire au dictat de la science. Il conteste à cette dernière ses prétentions les plus impérieuses à la « vérité » et la littérature ne les récuse qu’en la débordant de toutes parts pour mieux combler ses lacunes : « Le discours scientifique croit être un code supérieur, l’écriture veut être un code total, comportant ses propres forces de destruction. Il s’ensuit que seule l’écriture peut briser l’image théologique imposée par la science, refuser la terreur paternelle répandue par la « vérité » abusive et des raisonnements, ouvrir à la recherche l’espace complet du langage, avec ses subversions logiques, le brassage de ses codes, avec ses glissements, ses dialogues, ses parodies » (R. Barthes, « De la science à la littérature », dans « Le Bruissement de la Parole », p.19). Nous dirions plus prosaïquement que la science est celle du rien ( ?), la littérature du tout ( ?). On n’arrache l’une au nihilisme méthodologique qu’en la réduisant à un vulgaire outil au service de l’homme, de sa connaissance et de ses manœuvres de vie, on ne donne à l’autre toute sa voilure qu’en la gonflant d’une inspiration déliée qui se dépose – d’elle-même ? – dans des moules préétablies, qu’ils le soient par des artisans ou se proposent avec l’inspiration.
La lecture de Barthes s’attarde à la forme davantage qu’au contenu de l’œuvre, comme si la forme était l’allure de l’œuvre et que sans allure il n’est pas d’œuvre. La littérature serait – dans tous les cas – déceptive, ne se montrant jamais conforme aux intentions de l’écrivain ou à la hauteur de ses attentes. L’échec guette sa production : soit il se résigne à son insatisfaction, trouvant en l’occurrence une compensation dans le culte dont on l’entoure et entoure son œuvre, soit il pousse sa déception dans les retranchements d’une prouesse qui sortirait sa variété d’écriture du lot des livraisons littéraires. Sa vie reste sur un échec, son œuvre aussi et ce ne serait pas sans réticence qu’il se prête à l’encensement de son génie, dont il ne se pénètre pas sans le convertir en vanité.
Si les critiques chevronnés décèlent des signes distinguant entre écrivains et écrivants, il n’est pas sûr que les lecteurs le peuvent et encore moins les éditeurs. Ceux-ci sont davantage en quête d’ouvrages produits par des ouvriers de l’écriture et restituant une biographie, un manifeste, une iconographie qui accrocheraient le plus grand nombre de clients-lecteurs qu’une nouvelle variété d’écriture. De son côté, l’écrivain est contraint par les conditions de publication et de communication de brimer ses velléités littéraires. Barthes ne sait que penser de ce qu’il nomme « le type bâtard » de « l’écrivain-écrivant » de notre période.

