The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
VARIATIONS JUDAIQUES : LES HARDES JUIVES

Il en est pour voir dans le judaïsme déconstruit par le Talmud un nihilisme dessillé qu’on n’élève ni ne rabaisse au rang d’une religion sans le détourner de sa vocation ( ?). Ce serait une herméneutique qui pratique volontiers l'anachronisme pour brouiller toute chronologie et mieux ranger ses considérations sous le registre d’une éternité postulée pour le meilleur et pour le pire. Il n’est ni Juge ni Justice, il n'est ni « avant » ni « après » ; il n'est que l'embrouillamini de l'exil et l’embrouille des considérations homilétiques qui prennent souvent l’allure débridée de cette incompréhension qui guette la déconstruction du texte biblique par les maîtres du Talmud et par leurs successeurs. Il n’est rien à comprendre, autant commenter son incompréhension. La pérennisation du judaïsme est au prix de transgressions herméneutiques, de perturbations religieuses et de déraillements maniaco-messianiques. La casuistique talmudique n'aiguise pas tant l'esprit qu'il l'embrouille ou, si l’on préfère, ne l’aiguise qu’autant qu’il… l’embrouille.
Le génie du judaïsme, s'il en est un, consiste à extraire le sens, qu’on veut immutable, du ressassement. Il ne manque autant d’éloquence que parce que, misant sur son élection malgré les désaveux, il se montre plus pugnace que convaincant. Il est décelable dans les dires déliés du Talmud, dans les sidérantes cosmogonies de la Kabbale aussi où l'on balance entre l'être et le néant, l’incarnation de Dieu et le salut dans son éternité. La ratiocination rabbinique ne cesse de ruser avec la parole divine, n'en admettant l’autorité que pour la ravaler. C’est dans et par le midrash que l’interprète accomplit cette tâche. Celui-ci n'est pas toujours clair ni toujours pertinent.
Les maîtres rivalisent d'ingéniosité entre eux. Quand les débats se terminent sur un désaccord, on ne tranche pas la controverse, ne prend pas de décision. On déclare « teko ». Selon un commentaire, le mot serait un acronyme de « Tichbi Yetaretz Kochiot ve-Bayot, le Tishbite [le prophète Elie censé reparaître pour annoncer la venue du Messie] débrouillera les difficultés et les problèmes. » Le teko marque une pause dans les débats pour permettre, le moment venu, de les reprendre dans de nouvelles circonstances et perspectives. Une manière de dire : « Nous ne savons pas, reportons la solution à plus tard, attendons la manifestation d’un esprit remarquable pour reprendre la question et la résoudre. » Une attitude plus intellectuelle que religieuse, présentant le mérite de pas se laisser tenter par l’irraison mystique : on est dans l'impasse, on ne va pas se perdre en spéculations, on ne va pas se diviser davantage. Une manière de reporter la question aux calendes messianiques.
Le Juif vit tant sous les merveilleuses hardes de ses commentaires qu’il croule sous elles. Il n’a pas plus le sens de la littéralité que celui du bon sens et il ne recouvre pas celui-ci pour survivre dans un monde hostile sans assumer un certain dédoublement où nichent son ingéniosité ou sa duplicité. Autant il farfouille dans sa pensée, autant il va à l’essentiel dans la pratique. S’aviserait-il d’aller à l’essentiel dans sa pensée qu’il se perdrait et s’aviserait-il de farfouiller dans sa pratique qu’il la ruinerait. Le génie du Juif est d’abord et avant tout pratique. Sinon il succombe au délire d'une existence qui se trame sur des textes et se couvre de textes.

