The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
NOTE PHILOSOPHIQUE : L’ANIMAL GRAMMAIRIEN

On incline à penser que l’acquisition de la langue procède par mimétisme. Le nourrisson répète des mots simples comme papa et maman, reçoit toutes sortes de signes qui l’encouragent à persister dans l’énoncé de nouveaux mots, soit pour réclamer un produit, soit pour exprimer sa joie et sa douleur. Puis un jour, on ne sait trop quand, dans quelles circonstances, sous quelles pressions, à la suite de quels renforcements, il articule une première phrase. Bientôt, il maîtrise sa grammaire, arrivée à sa maturation (neuronale ?) active sans requérir un apprentissage méthodique. Elle trouve sa concrétisation dans des règles – inconscientes ? – qui permettent de générer autant de phrases qu’on souhaite pour se raconter une histoire, en raconter à des interlocuteurs, poser une question, donner une réponse, faire une demande, formuler un souhait… s’acquitter des différents actes de parole. Le langage est probablement le trait le plus distinctif de l’homme non tant pour son usage que pour sa grammaire qui génère des phrases sans discontinuer jusqu’à l’incapacité performatrice, qu’elle soit accidentelle ou dégénérative. C’est une créature douée d’une compétence grammaticale dont l’activation ne réclame que l’immersion dans une communauté humaine parlante. Une prodigieuse bibliothèque traite du langage, de la langue et de la parole. Des études sociolinguistiques, psycholinguistiques, neurolinguistiques en passant par les considérations anthropologiques, ethnologiques, structuralistes, sans parler des variations logico-linguistiques. Pourtant on ne sait pas grand-chose, ni sur les origines du langage ni sur ses modes d’acquisition, de transmission, de signification, sinon que son déploiement recouvre une grammaire permettant de générer une infinité de phrases à partir d’un nombre limité de mots ou de lettres.
Or on n’arrache l’étude du langage du registre de la recherche empirique pour le situer sous celui de la générativité grammairienne que pour se livrer à des calculs combinatoires et à des distinctions catégoriales qui ne contribuent pas grand-chose aux questions fondamentales de la performance et de l’effilochement linguistiques. La grammaire participe visiblement de l’on ne sait quelle (pré)disposition biologique – une faculté plutôt qu’un organe ? – que l’on ne se décide pas à étendre, je ne sais trop pourquoi, à la pensée, à la composition musicale, à la création poétique… voire à la réalisation du rêve contre lequel les interprètes de tous bords butent lamentablement : en d’autres termes, l’homme serait doué d’une faculté grammaticale générale qui génère continument des phrases, des pensées, des rêves, des gestes à partir d’une somme limitée d’éléments, qu’ils soient mentaux ou/et physiques. Tant qu’on persistera à distinguer entre pensée et langage, privilégiera leur caractère intentionnelle-volontaire, on n’arrivera pas à débroussailler cette faculté fondamentale, dont participerait la compétence linguistique chomskienne, ni du reste à la situer organiquement, pour ne pas parler de ses modes de déclinaison dans le langage, la pensée… le rêve.
L’acquisition du langage n’est pas moins mystérieuse que la création de l’univers et postuler des dispositions innées est une manière de se résoudre au mystère. C’est visiblement le cerveau qui s’active-s’oublie dans le langage et pour le langage. De même que pour une série d’activités, plus ou moins sophistiquées, de la natation à la mathématique. La recherche dans la neuroscience est pour l’heure tâtonnante, porteuse de plus promesses que d’acquis. Elle participe allégrement à l’emballement pour les nouvelles technologies, dont la sarabande autour de l’intelligence artificielle. Les philosophes reprennent, eux, des clichés somme toute éculés, tirés de la phénoménologie, de la sémiologie, de la symbolique, du structuralisme. Sans fournir plus que des indices de laboratoire sans commune mesure avec la virtuosité de cette faculté grammairienne générale telle qu’elle s’atteste dans la poétique du langage, la plasticité du rêve, l’habileté artisanale.
Quelle est cette faculté grammairienne ? – Je ne sais pas. Elle serait turgescente, ni délibérative ni intellectuelle. Elle s’active d’elle-même et, autant le reconnaître, part dans tous les sens. Dans le rêve autant que dans l’exécution langagière, dans la composition musicale autant que poétique. Je ne serais pas étonné que la déclinaison onirique soit première, la déclinaison cognitive-langagière seconde. Puis viendrait tout le reste.

