NOTE PHILOSOPHIQUE : PEINTURE ET PERSPECTIVE

18 Mar 2024 NOTE PHILOSOPHIQUE : PEINTURE ET PERSPECTIVE
Posted by Author Ami Bouganim

La peinture serait-elle l’art de la perspective, qu’elle s’avise de la briser, de la distordre ou de la restituer ? Un tableau qui n’attesterait pas d’un traitement de la perspective ne serait-il que bariolage ? Que penser d'un tableau de Giotto ? Que la peinture était à un stade rudimentaire ou que Giotto n'en maîtrisait pas les techniques ? Que ses tableaux constituent plus sûrement un témoignage de sa naïveté religieuse que de sa naïveté artistique ? Que mon regard manque de saisir ce qu'il tentait d'exprimer, de restituer, de représenter ? Que le christianisme instruisait-orientait son regard comme le paganisme instruisait-orientait le regard grec ? Que dans un siècle Guernica sera perçu avec autant de perplexité que les tableaux de Giotto aujourd'hui ? Dilthey parle de je ne sais quels « organes spirituels » qui commanderaient autant de styles historiquement et individuellement marqués. Huizinga se désole de la ruine de la naïveté artistique qui présidait à la création des Anciens et des perturbations qu’introduit la conscience artistique dans la créativité : « Ce fut autrefois une bénédiction pour l’art d’être en grande partie inconscient du sens dont il est chargé et de la beauté qu’il crée. Dans le sentiment marqué de sa propre grandeur, quelque chose se perd de son ingénuité séculaire » (J.  Huizinga, « Homo Ludens », Gallimard, 1951, p. 323).

Le mystère de l’art serait peut-être à chercher du côté de la sorcellerie. Picasso en serait une des illustrations, ne cessant de varier son style pour mieux briser la monotonie de sa création et de changer de couleur pour mieux marquer ses périodes. Il est des dessins d’enfants, pour ne pas parler de peintres inconnus, qui présentent autant d’intérêt que ses coloriages. C’est dire que le mystère de son art réside dans la sournoiserie de son innocence. Depuis Picasso l’art pratiquerait la sorcellerie, le rébus, l’emballage et l’on se prend à soupçonner que c’est le coût d’un tableau aux enchères sur les marchés de l’art qui détermine sa valeur esthétique. La découverte, soixante-dix-sept ans plus tard, qu’un tableau de Piet Mondrian, peintre néerlandais abstrait, était accroché à l’envers dans un musée est accablant pour l’art abstrait, ses amateurs, ses curateurs et pour ces débarras philistins de l’art que seraient les musées. Pour sublime ( ?) qu’il soit ou que ses bonimenteurs le présentent, l’art serait une sorcellerie de plus en plus précieuse de la vanité humaine. Mais encore devrait-on s’entendre sur ce que recouvre le terme de sorcellerie.