NOTE DE LECTURE : GUSTAVE FLAUBERT, CONTES DE JEUNESSE (1837)

18 Apr 2024 NOTE DE LECTURE : GUSTAVE FLAUBERT, CONTES DE JEUNESSE (1837)
Posted by Author Ami Bouganim

Dans « Bibliomanie » un ancien curé se passionne pour les livres alors qu’il peine à lire. Il perd à un libraire l’enchère sur un manuscrit. Un incendie se déclare dans le local de ce dernier et le curé, accusé d’avoir provoqué le feu, goûte la revanche que lui procure « l’enfant riant des tortures du papillon dont il a arraché les ailes ». « Rage et impuissance », « Conte malsain pour nerfs sensibles et les âmes dévotes », porte en exergue cette phrase de Lamartine : « Dieu n’est qu’un mot rêvé pour expliquer le monde. » C’est le récit d’une révolte dans la tombe contre la mort, d’un repentir, suivie d’une tentative de s’en arracher. On ne sait si c’est le récit de la mort d’un homme telle que la vit son chien ou si c’est le mort qui continue de rêver, rire… se tourmenter dans sa tombe. On ne sait du reste s’il est vraiment mort, s’il a été enterré vivant, ou si ce n’est pas plutôt le narrateur qui délire pour lui. Flaubert conclut : « J’engage les mourants (à jeter) leurs âmes quand ils crèvent, et les hommes leur existence à la face de Dieu quand elle est amère. » « Rêve d’enfer » évoque un étrange alchimiste, un Faust blasé, « automate qui pensait comme un homme ». Sans passions, sans ambitions, sans désirs. Sans leurres artistiques et illusions religieuses. Sans rien. Condamné à vivre parmi les hommes. La seule transmutation encore possible serait celle du démon en ange accomplie par le seul alchimiste encore envisageable que serait un auteur.

C’est l’homme éternel qui, pour assister à l’immuable manège des hommes, avec leurs vanités, leurs roues, leurs voluptés, leurs leurres et leurs illusions, poursuivant en vain une vaine gloire, ne réussissant qu’à se lester de lourdeur pour rien, succombe en définitive à l’ennui qui guette jusqu’aux plus passionnés qui cacheraient autant de grands maniaques. C’est Flaubert en ses premiers tâtonnements littéraires et c’est déjà prometteur.