VARIATIONS JUDAIQUES : LE SIMULACRE DE LA LOI

7 May 2025 VARIATIONS JUDAIQUES : LE SIMULACRE DE LA LOI
Posted by Author Ami Bouganim

Le pharisianisme rabbinique présume d'une cécité de Dieu, voire de son impuissance. La Loi vient combler son silence et dissuader l'homme de succomber au désespoir qu'il véhicule. Elle se resserre d’autant plus que Dieu reste sur son silence, incarcérant l'individu dans son univers, ritualisant la vie au possible, ne tolérant pas de révision ou de remaniement qui seraient assimilés à autant d’aveux/désaveux de l’on ne sait quoi. Malgré une certaine évolution dans son interprétation, procédant par accommodements casuistiques, la Halakha ne se départ pas de son caractère rétrograde – à moins de l’assumer ouvertement comme joug, célébrant ses vertus de résistance et de retenue. Elle instaurerait la diète existentielle, partiellement ascétique, que Dieu prescrit à l'homme qui choisit d'inscrire sa vie sous le régime de sa révélation : l’homme de la Halakha serait un robot harnaché de commandements divins. Leur respect serait somme toute séduisant s’il ne suscitait autant de névroses. Nulle part on ne promouvrait une aliénation plus ou moins consentie au rang d’une libération aussi glorieuse. Ce serait un travail constant sur soi et sur les autres pour convertir une malédiction en bénédiction et une déchéance en élection.

Le sens se logeant, pour reprendre Wittgenstein, dans les simulacres moraux et religieux déposés dans le discours, il n’est aucune raison pour que des pratiques, somme toute gratuites, répétées inlassablement de jour en jour, s’accompagnant de bénédictions, ne s’en chargent pas. Cette prédisposition pour le simulacre serait universelle, ne manquant pas de laisser ses marques sur l'homme simulateur de bout en bout : « Tous les termes religieux, déclare Wittgenstein, semblent être employés comme simulacres » (« Conférence sur l'Ethique », dans « Leçons et Conversations », Gallimard, 1971, p.151).