The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
LE RECUEIL DE PARIS : UN VASTE BISTROT

Les bars sont autant de scènes sur lesquelles les garçons et les serveuses se donnent en spectacle à leurs clients. Ils auraient pour code d'honneur de ne jamais céder à l'oisiveté. Ils servent, ils lavent, ils rangent, ils balaient, ils nettoient. Dans cette ville qui serait un vaste bistrot, ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ils seraient encore les seuls à travailler. Ceux qui sont au bar n'écouteraient plus les doléances des habitués, surtout quand il s’agit de vieux syndicalistes en voie de disparition qui les tourmentent de leurs commentaires sur les éphémères titres des journaux télévisés de la veille. Ils n'écoutent pas, ils servent. Seul le patron serait au repos, gâteux ou malade, ne se mouillant pas, ne se salissant pas, un peu déplacé dans cette ruche où l'on entre et sort comme dans une gare. Il grisonne, derrière de fausses lunettes intellectuelles, la chemise frileusement nouée autour du cou, sans cravate, le gilet boutonné au cou. Il prend à sa manière un avant-goût de sa prochaine retraite. Il attend d’aller planter ses choux et ce serait le provoquer que de lui proposer de changer de culture et de se mettre aux piments ou aux betteraves plutôt qu'aux choux.
C'est une ville qui considère ses terrasses de café comme autant de loges sur le manège d'une bohême qui se chercherait. On regarde les races se mêler, les couleurs se relayer, les acteurs passer et les vieux poètes chercher leur voix dans le brouhaha qui accompagne la troublante cavalcade des générations, des mœurs et des titres. De plus en plus vite, d’une heure de pointe à l’autre, d’une saison à l’autre, d’une année à l’autre. Sans plus de grands leurres sur ce qu’on laisserait derrière soi.
Photo : Jean Béraud, Au Bistrot

