The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
ALBUM DU MONDE : VACANCES AU MELLAH

Je connais des photos moins gaies du mellah de Mogador. Surtout par les jours où le vent s'acharnait contre les passants, qu'ils avaient du mal à se déplacer dans la boue, que le brouillard les convertissait en silhouettes de l’attente. Des ruelles et des venelles, plus vétustes que la grand-rue que l'on voit sur la photo, menaçaient de s'écrouler et l'on ne savait pas sur quel côté. Les bâtisses donnaient souvent l'une dans l'autre et l'on n'entrait dans l'une par une rue que pour sortir par l'autre sur une impasse. Quand l'océan léchait les murs, que les vagues surgissaient par les égouts, les gens redoublaient de prières dans les synagogues et dans leurs lits.
Les gamins étaient libres dans ce labyrinthe inextricable et misérable qui menait au monde à venir. L'école de l'Alliance réclamait des chaussures, des tabliers, un cartable, une ardoise et un plumier. Les bancs de l'école rabbinique croulaient sous le nombre des élèves et sous l'autorité de maîtres dont les leçons s'étaient enrayées sur une immuable litanie. Les enfants qui n'étaient admis ni dans l'une ni dans l'autre s’entassaient dans les synagogues où des répétiteurs orchestraient leur ânonnement de l'alphabet de la Création, leur ronronnement des Psaumes et la suave déclaration d'amour du Cantique des Cantiques. Quand l'un d'eux ne connaissait pas ses lettres sur le bout des doigts, il recevait des coups de baguette sur le bout des doigts ou de nerf de bœuf sur la plante des pieds. Mais ce devait être la belle saison sur notre photo pour que l'on se déchausse, se débraille et se moque de la caméra derrière le dos de parents se livrant à leurs emplettes aux guichets des boutiques qui proposaient les condiments de la misère avec le bonheur d'être élus pour elle.
Dans les coulisses de l'exil, le mellah était comme une cour de déchéance et de récréation.

