The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
SILHOUETTE D'ESSAOUIRA
C'est l'alizé qui la moule et lui donne cette démarche déhanchée. Elle n'est pas enivrée par lui, elle est entravée par la vague de sable et d'embruns qui vient de l'océan. On est tenté de croire que ce n'est qu'une touriste qui aurait succombé au syndrome de Mogador et prendrait son rivage pour un podium. J'aurais bien aimé voir ses traits pour les saluer. Mais je ne souhaite pas voir ses pieds. Je crains que ce ne soit elle. Je ne la nommerai pas. Elle risque de me reconnaître et de perturber mon sommeil. Comme cela, de dos, elle ne trouble que mon écriture. La brume annonce un jour maussade.
Plus je la regarde et plus je doute que ce soit une touriste. Elle ne s'intéresse pas aux coquillages où résonne la rumeur de l'océan et qui sont encore le meilleur souvenir qu'on puisse emporter de cette plage qui reste belle même quand elle est éméchée. C'est plus prosaïquement une sirène. Elle a passé la nuit sur la presqu'île et retourne passer le jour dans la mer. Elle vaincra l'alizé, qui roule les ronces et harasse les algues mortes, elle le chevauchera. Elle se prête à tous les noms. Cerné la Carthaginoise ; Tamusiga la Romaine ; Mogadour la Portugaise ; Mogador la Française. L'auteure de sa photo a choisi un nom encore plus somptueux : L'Essaouira.
Je m'oublie au point d'être jaloux des alluvions qui se pressent pour l'accompagner. Ce soir, je le sais parce que je le désire, elle sortira de nouveau de l'eau et si vous êtes toujours là, avec ou sans moi, vous pourrez voir ses traits et tester votre désir sur son regard.
Baudelaire, dont je vous raconterai un jour le séjour à Mogador sur les traces de Delacroix, l'aurait saluée de ces vers :
« Elle se répand dans ma vie
Comme un air imprégné de sel,
Et dans mon âme inassouvie,
Verse le goût de l'éternel. »
Je me serais sottement entiché d'une silhouette. Mais n'est-ce pas ce que réserve l'exil à ceux qui hantent la baie de loin par une journée de grand vent ?

