The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
LES MESSAGERS DE PAIX

Jérusalem, an 5808 selon le calendrier hébraïque, an 2048 selon le calendrier chrétien, an 1470 selon le calendrier musulman.
Ils étaient connus comme les trois Messagers de Paix. Depuis toujours, à tout jamais. Quand ils s'étaient connus, ils avaient la barbe noire et lustrée et se ressemblaient tant qu'on ne distinguait pas toujours entre eux sinon par la coiffe. Le rabbin portait une grande calotte blanche, le chrétien une mitre aplatie également blanche, le musulman une chéchia pareillement blanche. Depuis, leurs barbes aussi avaient blanchi et ils avaient de beaux visages de pâtres. Pendant des décennies, ils n'avaient cessé de se rendre quotidiennement sur ce qu'ils nommaient le Mont universel. L'un entrait par la porte des Maghrébins, le second par la porte des Dix Tribus, le troisième par la porte des Lions. Ils ne manquaient pas un jour, rien ne les dissuadait. Ni la neige ni la chaleur ; ni les émeutes ni les insurrections ; ni la maladie ni le deuil. Tous les jours. Même le vendredi alors que le mont était investi par les dizaines de milliers de fidèles musulmans, même le samedi alors qu'on aurait attendu du rabbin de se rendre à la synagogue, même le dimanche alors que le prêtre était censé participer à la messe.
Ils arrivaient au même moment comme s'ils avaient été accordés par le Grand Horloger. Ils ne se saluaient pas, ils se dévisageaient. Ils se recueillaient dans le silence universel. Ils ne savaient jamais combien de temps ils s'étaient recueillis et ne sortaient de leur prostration que pour prier. Chacun dans la langue de sa nourrice, selon ses gestes et ses rites, en son âme et conscience. Puis ils débattaient de la vocation des lieux. Certains jours, ils étaient pour les diviser entre les trois religions et réserver un sanctuaire aux bouddhistes et un autre aux hindouistes ; d'autres, ils étaient pour élargir leur cercle à tous ceux qui partageraient leur conviction intime qu'il n'est qu'un seul Dieu et que rien ne l'horripile autant que l'exacerbation des cultes qu'on lui rend. S'il ne tenait qu'à eux, ils auraient ouvert le site à toute l’humanité sans distinction de religion. Entre-temps, ils travaillaient sur les grilles hebdomadaire et annuelle des commémorations, l'élaboration d'un livre interreligieux de prière, l'ordonnancement d'une cérémonie quotidienne commune… la promotion du silence comme recueillement universel.
Les trois prophètes ne laissèrent pas de testament et pour leur bonheur on ne leur en composa pas ni ne leur attribua d'écrits pseudépigraphiques. On savait désormais que rien ne divisait autant les hommes que l'écrit. Ils laissèrent leur silence et rien ne serait plus prometteur pour l'harmonie de l'humanité. Leur livre de prière aussi qui sert désormais de partition pour la célébration des cérémonies communes…

