The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
DANS LE SILLAGE DE FREUD : LE DE-VOILEMENT DU REVE

Freud considère les rêves comme des expressions du désir sinon ses réalisations : « Le rêve est en quelque sorte la décharge psychique d'un désir en état de refoulement, puisqu'il présente ce désir comme réalisé[1]. » Ils dévoilent je ne sais quels dessous psychiques qui me seraient intimes et se déroberaient aux censures qui pèsent généralement sur la conscience. Ils restituent-trahissent une distraction, une préoccupation, une perturbation de la conscience et ce sont à ces dessous, vécus de soubassement, généralement désignés comme « l’inconscient », que s'attache l’analyse. Freud présume de la convergence de plusieurs réminiscences dans la même scène d’un rêve. Il a cette comparaison pour illustrer le travail auquel le rêve soumet ses matériaux : « Le travail du rêve va se servir du même procédé que Francis Galton pour ses photographies de famille ; il superpose les éléments, de manière à faire ressortir en l'accentuant le point central commun à toutes les images superposées, tandis que les éléments contradictoires, isolés, iront plus ou moins en s'atténuant. Ce procédé de composition explique en partie l'imprécision, le caractère flottant qui sont si caractéristiques dans les détails accessoires du rêve[2]. » Dans le travail auquel se livre le rêve s’attesterait comme une rumination des vécus, tellement sensée que tous les détails auraient un sens. Il les soumet à un travestissement qui les convertit, on ne sait trop pourquoi, en symboles – peut-être cela est-il à mettre sur le compte d’une incoercible tendance à convertir les rêves en symboles sinon en brouillons de prophéties.
L’interprétation du rêve réclame par conséquent de cerner ses composantes, de déterminer leurs symboliques respectives et de tenter d'en dégager ou/et d’en recomposer comme le puzzle. Freud décrit les processus d'analyse et de synthèse auxquels procède son interprétation en ces termes : « J'ai commencé par en isoler tous les détails, rompant ainsi le lien qui les rattachait l'un à l'autre ; ensuite, partant de chacun de ces détails, j'ai suivi les associations d'idées qui s'offraient à moi. J'ai obtenu par ce moyen un ensemble de pensées et de réminiscences parmi lesquelles je reconnais bon nombre d'éléments essentiels à ma vie intime. Le matériel ainsi mis au jour par l'analyse du rêve se trouve en relations étroites avec le rêve lui-même ; mais un simple examen du contenu du rêve ne me l'aurait pas fait découvrir. Le rêve était incohérent, inintelligible et dépourvu de tout élément affectif. Dans les idées que je développe à son arrière-plan on sent au contraire une affectivité intense et bien motivée ; ces idées s'enchaînent avec une logique parfaite, et, dans ces associations, les images qui ont le plus d'importance se reproduisent plus fréquemment que les autres[3]. » Or le morcellement du rêve en composantes reste arbitraire, de même que leur interprétation symbolique et encore plus la lecture proposée du rêve dans son ensemble.
Dans ses considérations, Freud présume d’un double sens : d’un côté, le sens-rêvé, tel qu’il s’atteste et s’impose dans le rêve au moment où on le rêve et autant qu’on en est « conscient » ; de l’autre, le sens-éveillé, tel qu’on en est conscient dans l’état d’éveil et qu’on prête au rêve. Freud postule l'intelligibilité du sens-éveillé, de son éminence et de sa primauté sans vraiment convaincre. On se demande pourquoi le sens-rêvé réclamerait son éclaircissent dans un sens-éveillé ? Pourquoi le rêve aurait-il un autre sens que celui qu’on lui trouve quand on le vit ? Pourquoi n'aurait-il pas sa propre logique ? Pourquoi le rêve serait-il second, une dégradation ou un sous-produit du vécu éveillé ? Les considérations de Freud sur le rêve recouvrent un troublant paradoxe : la postulation des pouvoirs de l'inconscient à l’œuvre dans le rêve se solde par une surévaluation de ceux de la conscience puisque c’est elle qui est chargée de percer jusqu’aux mystères des œuvres de l’inconscient. La conscience est surévaluée plutôt que sous-évaluée puisque Freud la revêt d'une surpuissance lui permettant de censurer l'inconscient et d'en maquiller les expressions.
L’interprétation psychanalytique se propose de reconstituer un « texte » altéré comme le serait le texte sur lequel se penche la philologie. Dans le premier cas, le texte serait troublé par les aléas de la réminiscence, dans le deuxième, de la transmission. Mais autant la philologie procède à une reconstitution plus ou moins exhaustive des intentions qui auraient tramé le texte originel, sans recourir à d’autre secours qu’à celui de l’érudition, la psychanalyse procède à la reconstitution in-exhaustive d’intentions qui ne sont pas même claires à leur auteur, recourant à toutes sortes de procédés, du silence à l’hypnose, sur lesquels on ne se risque pas même à gloser sans être rabroué ou incriminé de toutes sortes de résistances ou de mécompréhensions. La reconstitution philologique reste textuelle, la reconstitution psychanalytique s’illustre dans l’élaboration autobiographique. De-ci, elle se mesure à des lacunes somme toute accidentelles ; de-là, elle se mesure à des censures autoritaires et inconscientes. Les discordances textuelles, décelées par le philologue, sont remplacées par des dissonances biographiques, pistées par le psychanalyste. La grande différence c’est que pour la psychanalyse, les « fautes » du texte sont, comme le note Habermas, des symptômes, voire des symptômes pathologiques.[4] Freud était du reste impressionné par les ressemblances entre les rêves et les productions des maladies mentales. Les uns sont aussi « déviés » de la réalité que les autres, aussi travestis et déformés. Ils présentent la même ambiance de réalité et d'irréalité, de normalité et d'anormalité. Leur diagnostic aussi passe par la reconstitution des mécanismes inconscients de traitement des désirs latents qui les animent et qui sont – subtilement ? intelligemment ? hasardeusement ? – travestis. Dans tous les cas, la réactivation de l’activité onirique constitue l’horizon de toute intervention thérapeutique.

