The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
BRIBES PHILOSOPHIQUES : INSATIABILITÉ ET SURCONSOMMATION
L'idéal qui régit les sociétés occidentales serait celui de l'insatiabilité. On renchérit sur tout. Sur la consommation bien sûr. Sur les gains et sur la croissance. Sur les soins de santé et la longévité. On doit changer pour changer. Les vêtements ; les articles ménagers ; la destination des vacances. On doit s'indexer aux modes dont la succession endiablée ne cesse d'huiler les chaînes de production. L'insatiabilité incite à la surconsommation et celle-ci préconise la consommation pour la consommation, sans plus de considération pour une économie qui prendrait en considération les ressources de la terre et privilégierait les besoins vitaux de l'humain. Elle tourne les limites et les quotas pour assouvir le besoin du besoin qu'elle cultive. Elle incite à s'enrichir, acheter et vendre, se prouver à soi et aux autres qu'on peut encore plus. On se donne volontiers son paradis sur terre. On achète des îles, on voyage dans des avions privés, on se donne des bateaux de plaisance. On se bâtit des demeures à la démesure de ses rêves. On se donne des progénitures variées avec diverses femmes ou divers hommes.
L’insatiabilité déliée imprime le tournis à nos dérisoires vies. On ne se contente pas de son lot, on veut sans cesse plus. On est prêt à mettre le prix pour surpasser ses parents, rivaliser avec ses concurrents, en remontrer à ses proches. Demain doit être meilleur qu'aujourd'hui. Plus fastueux ; plus clinquant. On ne se soucie guère du prix que paient les autres pour notre succès. Nos serviteurs ; nos administrés ; les générations à venir. Derrière toutes les considérations, pointe désormais le culte de la richesse pour la richesse et ce culte trouve son expression la plus pathétique et la plus caricaturale dans le culte de l'allégresse. On doit être heureux à tout prix, on doit le montrer, on doit exhiber sa beauté, on doit cultiver son talent, on doit brader sa vie dans un dévoiement de tous les instants. Sans plus se soucier vraiment du beau, pour ne point parler du sobre, ni du plaisir, pour ne point parler du loisir. Le caviar n'est aussi bon que parce qu'il est hors de prix. Les pierres ne sont précieuses que parce qu'elles sont réservées à des privilégiés. La vente aux enchères des tableaux de grands ou petits maîtres n'atteint des sommes aussi colossales que parce qu'on ne les accroche plus aux murs. Nul ne me convaincra que le caviar servi dans un salon où rien ne manque est plus succulent que des olives ou des radis sous les ponts, un diamant plus lumineux et émouvant qu'un beau galet et un tableau de Picasso plus attachant que le dessin croqué par notre fillette. L'insatiabilité se résorbe dans un fétichisme généralisé, du vêtement, de l'art, de l'accessoire, encore plus rebutant que celui qui se rencontre dans les religions primitives. La marchandise, sans cesse nouvelle, nimbée de magie par une publicité aussi mensongère que poétique, perpétue l’aliénation libérale en alimentant le besoin du besoin.
Les changements continuels dans les moyens de production et les modes de consommation n’autorisent qu’une économie perlée de crises à l’échelle mondiale. Dans les pays riches, la surconsommation déliée dégénère en dilapidation des ressources naturelles. On s'est mis à investir sans compter ; à s'équiper sans compter ; à dépenser sans compter ; à s'endetter sans compter. Au-dessus de ses moyens, empruntant aux banques qui se sont acquises un pouvoir pernicieux sur les gouvernements. Le monde est contrôlé par un consortium de banques qui se sont donné des agences de notation pour mieux contrôler les gouvernements et réguler leurs dépenses. Les intérêts des multinationales l'emportent désormais sur les intérêts nationaux ou étatiques et cette situation se poursuivra jusqu'à ce que se produise un krach bancaire à l’échelle mondiale sous la pression de la masse des petits clients et épargnants ou sous celle des Etats s'insurgeant contre cette colonisation bancaire.
Le libéralisme économique n'incite à l’insatiabilité et par conséquent à la surconsommation que pour mieux stimuler la croissance. Il ne peut marquer de pause sans s'exposer à la crise s’accompagnant de poches de chômage, de cessations de paiement des pouvoirs publiques, d’insubordinations chez les forces de l’ordre. Or cette poursuite aveugle de la croissance est condamnée à se heurter à une limite. L'épuisement des ressources terrestres ; les perturbations climatiques ; le tarissement de la matière grise ; l'insurrection des désespérés, des indignés… des révoltés. Dans les milieux où elles règnent, l’insatiabilité et la surconsommation génèrent, d'une manière ou d'une autre, la dérive dans non-sens. En revanche, dans ceux où sévissent la pénurie et la sous-consommation, secteurs déshérités dans les sociétés libérales ou populations démunies dans des contrées économiquement sinistrées, persiste, d’une manière ou d’une autre, la quête de sens sinon la crispation sur le sens. D'un côté, on n'aurait plus rien à gagner ; de l’autre, rien à perdre.

