BRIBES PHILOSOPHIQUES : LA TOLERANCE ECOLOGIQUE

9 Jan 2019 BRIBES PHILOSOPHIQUES : LA TOLERANCE ECOLOGIQUE
Posted by Author Ami Bouganim

La surpopulation serait en train de dépasser le seuil de tolérance de la terre. On en décèle les incidences dans la pénurie des ressources vitales, de l’air à l’eau ; dans la promiscuité propice à l’exacerbation de nouveaux conflits et à l’émergence de nouvelles maladies ; dans l’accentuation des clivages entre l’opulence des sur-privilégiés et le dénuement des masses. Cette surpopulation est d’autant plus menaçante que le taux de croissance, quel qu’il soit, ne peut l’accompagner sans accélérer le pillage de la planète et porter atteinte aux conditions vitales climatologiques et sanitaires. Le réchauffement est causé, autant le reconnaître, par la surcroissance motivée par la surconsommation et la sur-reproduction que réclame la surpopulation. L’humanité risque bel et bien de sécréter la serre où elle trouvera son linceul.

Le dérèglement climatique provoque de telles catastrophes « naturelles », souvent derrière notre dos, que la disparition de l’humanité est désormais concevable. Les températures augmentent, les glaciers fondent, les continents sont inondés, les incendies déciment les forêts. Dans une décennie ou deux, la terre croulera sous des déchets de plus en plus intraitables, les fonds marins revomiront les déchets nucléaires et des décharges en Afrique ou en Asie se dégageront des relents pestilentiels. Les menaces écologiques, qu'elles soient exagérées ou non, mettent la terre au centre des préoccupations. On parle volontiers de son avenir, de sa conservation, de sa préservation pour créer les conditions vitales requises à la perpétuation de l’espèce humaine sur terre. Or, on ne peut privilégier le souci de la nature sans procéder à une régulation dans le culte qu'on voue communément à l'homme et qui trouve ses expressions les plus éloquentes dans l'anthropomorphisme et l’anthropocentrisme qui caractérisent philosophies et religions.

L’homme s’insère de moins en moins dans la nature et s’en rend de plus en plus maître. Il brise les amarres qui le lient à ses univers cosmogonique et/ou cosmique. Il ne prend pas le temps de tisser de nouveaux liens que ceux-ci sont rompus par des révisions, des corrections et des ratures, dans le sillage de nouvelles découvertes scientifiques et des applications technologiques qu’elles autorisent. Il n'est plus dans le monde, mais hors de lui, voire hors de soi et ce n'est pas tant un signe de vitalité que de tarissement. Ce n'est plus une créature, mais un chercheur, un programmateur, un technicien… un robot. L'homme n'est plus chez lui auprès de ses dieux et ce n'est que maintenant qu’il expérimente l'exclusion du paradis dans toute son aliénation. L'histoire est davantage celle de la science, de la découverte et de la technologie que des révolutions, des guerres et de leurs personnages et cette histoire semble douée d’une logique irréversible et irrésistible quasi apocalyptique. La sensibilité écologique ne saurait se limiter à la protection de la nature ; elle requiert de s’inscrire dans sa trame. En l’absence d’une nouvelle sensibilité poétique, volontiers panthéiste, la transition écologique se révèle réactionnaire, ne convainc pas et se solde par un échec.

Le sauvetage de la terre réclame une plus grande considération pour sa vitalité, son pouls et ses battements. La responsabilité est d'abord et avant tout pour son avenir et c'est de cette responsabilité que découleraient toutes les autres : on ne serait plus tant responsable de son prochain devant le Ciel que de l'avenir de la terre pour assurer une habitation plus équitable par les générations à venir. Celle-ci réclame la mise en place d’une morale écologique soucieuse de garantir la terre contre la logistique du calcul généralisé de la science, de contenir son viol technologique, de n'en tirer que ce qu'elle autorise. Elle prendrait en considération de vieilles sagesses à l'instar du taoïsme pour qui il n'est pas signe plus désastreux que la perturbation des saisons. Elle privilégierait le sens de la bohême au détriment de celui de la thésaurisation. Elle stigmatiserait la conquête des marchés pour promouvoir celle des villages qui menacent de se vider, que ce soit en Europe ou en Afrique, ou de se déglinguer, que ce soit en Amérique ou en Asie. Elle encouragerait un art de vivre alliant la sobriété matérielle à la retenue morale dans cette consonance du beau et du juste qui reste la vocation de tout humanisme.