NOTE DE LECTURE : J. L. BORGES, LE LIVRE DE SABLE

22 Feb 2019 NOTE DE LECTURE : J. L. BORGES, LE LIVRE DE SABLE
Posted by Author Ami Bouganim

Borges piétine sur place ; il tâtonne dans l’occulte ; il prend son parti d'en rire. La littérature représente le péché des péchés, elle génère des métaphores, des symboles et toutes sortes de structures verbales où le mensonge niche pour mieux ruiner toute prétention à la vérité et miter encore plus le tissu existentiel qui reste… littéraire de bout en bout. On a l'impression que Borges ne produit que des recensions et qu'il manque totalement d'inspiration ou, ce qui revient au même, que celle-ci ne l'inspire plus.

Borges est à sa manière un apologue, compositeur de midrashim argentins, qu'on aura cavalièrement classé comme écrivain ésotérique. Il ne pratique pas les lettres ; ce sont elles qui le pratiquent. La veine littéraire tarissant, il ne dispose d'aucune graine pour réensemencer leur glauque et suave terreau. Plutôt que de les rembourrer, l'érudition ne réussit qu'à les éculer sinon les déprimer. Celle-ci atteint au demeurant de telles proportions que nul n'accuserait plus qui que ce soit de plagiat ; nul ne démêlerait plus la vérité du trucage. Désormais, l'érudition s'impose comme une vaine décoration sur le revers déteint d'une veste mitée. 

Borges est le personnage d'un récit que sa vie écrit et que lui-même n'a pas su raconter. Par pudeur ; par impudence ; par passion et par dédain pour les lettres. Il se montre si ingénieux, d’une critique délinquante, dans ses tentatives de brouiller les indices qu’il réussit à perdre le lecteur dans les labyrinthes du mensonge où l’homme à ses lettres.