The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
DANS LE SILLAGE DE NIETZSCHE : DE DIONYSOS A APOLLON

« La Naissance de la Tragédie » décèle la lancinante ambiguïté qui court l'œuvre de Nietzsche. D'un côté, le bouillonnement de Dionysos ; de l'autre, la contenance d’Apollon. On ne sait si Nietzsche se contente de dévoiler une tension insoluble entre eux, cherche à la rétablir, privilégie les transes dionysiennes sur les créations apolliniennes ou le contraire. D'un côté, la véhémence de l'instinct, l'extase du désir et la dislocation mystique qui, poussée à l'extrême, touche au néant ; de l'autre, le sens de la mesure s’alliant le talent pour interner, au prix d'une illusion, dans le mythe et mieux soutenir l'échéance que la mort alloue à la vie. Les deux dieux seraient dans une relation de dépendance : c’est Dionysos qui alimente en permanence Apollon en chacun, c’est Apollon qui contient Dionysos en chacun « ... quand exalté par l’ivresse dionysiaque jusqu’au mystique renoncement de soi-même, il s’affaisse solitaire, à l’écart des chœurs en délire, et qu’alors, par la puissance du rêve apollonien, son propre état, c’est-à-dire son unité, son identification avec le fond le plus intime de l’univers, lui est révélé dans une allégorie de l’imagerie populaire ».
Sans Dionysos (sans inspiration sacrée ?), Apollon s'écroulerait ; sans Apollon (mise en forme de l’inspiration ?), Dionysos resterait muet. Plus l'action de Dionysos est impérieuse et plus l'investissement apollonien pour la mettre en forme serait sublime ; sitôt qu’elle vient à tarir, les investissements apolloniens se relâchent. L’antagonisme entre Dionysos et Apollon trouvant son illustration la plus éloquente – sa résolution ? – dans les arts, ceux-ci se hiérarchiseraient selon l’intensité de l’enthousiasme dionysiaque qui les anime : d’un côté, la musique dont le bouillonnement (inconscient ?) relève encore de l'ivresse dionysiaque ; de l’autre, la statuaire grecque dont les contours restituent déjà la sérénité (consciente ?) apollinienne. Le dyonysisme se présente comme un mysticisme en mutation constante dans une vie investie par une volonté de la volonté. Il ne se donne pas une contenance – apollinienne – dans le mythe sans le ruiner aussitôt. C’est d’une certaine manière le caractère terrible et insoutenable de la vie qui se résorbe dans la sereine beauté de l'art.
« La Naissance de la Tragédie » est si décousu que l'on n’est sûr de rien sinon que dans cette perpétuelle attirance-répulsion qu’exerce la vie, le dionysiaque – l’obscur bouillonnement en l’humain – se donne en représentation dans l'apollinien – l’auguste contenance de l’humain. L’ouvrage manquant de documentation et d'illustrations, on l’interpréterait comme-ci et comme ça, prétendrait le pour et le contre. On comprend néanmoins que seule la beauté jetterait son voile sur la dissonance inhérente à la nature humaine. Elle ne la résout pas autant qu'elle la cautérise en passant sur elle comme le baume éphémère d'un mirage qui l’inscrit dans des mythes que sa poursuite génère-sécrète, comble l'instant et livre accès à la dignité. Sans préconiser l'extase où l'on s'oublie et se dilue, Nietzsche n’occulte pas la nécessité d’une revitalisation constante de la beauté (apollinienne) par le bouillonnement-ivresse extatique (dionysiaque).
Photo : Louis-Claude Paquin, Apollinisme et Dyonysisme

