The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
ANGLE DE VUE : YVES SIMONEAU, NUREMBERG (2000)

Le personnage de Hermann Göring, interprété par Brian Cox, domine cette reconstitution du procès des dignitaires du régime nazi à Nuremberg. Il brave ses geôliers, dénonce la mascarade du procès, prédit le relèvement de l’Allemagne. Il ne démord pas de ses positions et reste un inconditionnel du nazisme, se posant en guerrier d’un empire vaincu dont l’histoire prendrait la revanche. Derrière des lunettes noires, héritier du Führer, il exerce son ascendant sur ses compagnons d’armes et ses complices politiques. Il arrive même à séduire son geôlier. En définitive, ce film lui assure, sans l’avoir cherché, une certaine revanche pelliculaire.
Plonger dans des traités d’histoire serait trop long, pour ne point parler de consulter directement les archives. Aussi la production cinématographique s’impose-t-elle comme un raccourci de l’histoire et ce film se présente à la fois comme un préambule et un dénouement : c’est peut-être ce qui restera de plus éloquent de ce procès. Les acteurs ont conscience de poser pour l’histoire, à l’instar de Charlotte Gainsbourg qui donne le témoignage d’une rescapée des camps de la mort. On devine les dilemmes des réalisateurs. Quelles plaidoiries écourter, quels témoignages retenir, quelles interrogations inclure ? Quels contours donner au jeu des acteurs ? Quelles limites ? Comment éviter de tomber dans le théâtre et d’imprimer au film une tournure par trop cinématographique ? En incluant un court documentaire sur les atrocités nazies, les réalisateurs rehaussent le pouvoir d’évocation du cinéma. Cela dit, ils auraient pu modérer les ardeurs hollywoodiennes du procureur général et épargner au spectateur les scènes de pendaison qui achèvent de faire des condamnés des victimes.
Le spectateur est assisté par le psychologue juif qui recueille les confidences des inculpés et tente de comprendre le déchaînement de haine contre son peuple. Il cherche la source du mal, il la trouve dans l’absence d’empathie. Les réalisateurs se montrent avares en explications. Ce ne serait pas seulement le mal qui serait banal, mais tout l’univers nazi qui se serait bâti de banalités « parce qu’on peut leur donner le sens qu’on veut ». Ce terme, inspiré de Hannah Arendt, élude les questions les plus troublantes davantage qu’il ne propose ne serait-ce qu’un brin d’explication. Le régime nazi ne se voulait rien moins que banal, il mettait en scène une cavalcade de chevaliers blonds harnachés de leurs uniformes qui se proposaient d’instaurer le Reich millénaire sous l’autorité d’un Führer, mi dément, mi forcené, assisté d’esthètes du mal.
Quand le cinéma se substitue au documentaire, on reste avec une rétrospective et des incertitudes. On ne sait à quel point la réalisation cinématographique a revisité l’histoire ou l’a corrigée. On ne sait si Göring a autant dominé le procès de Nuremberg, si la liaison entre le procureur et son assistante a bel et bien eu lieu, si le comportement des dignitaires nazis était conforme à celui que les acteurs montrent dans le film. La comparaison entre cette production et les divers documentaires plaide en faveur d’une grande fidélité à la réalité.
Là encore, on décèle comme une affinité élective entre le spectacle d’un procès, celui-ci ou un autre, et le cinéma.

