The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
NOTE DE LECTURE : NICOLAS GOGOL, LE NEZ (1835)
Un barbier trouve un nez dans son petit pain du matin. Il tente en vain de s’en débarrasser. Parallèlement, l’assesseur de collège Kovaliov, client dudit barbier, découvre au réveil qu’il n’a plus le sien. C’est d’autant plus fâcheux qu’il n’est pas peu fier de son grade, conserve sur lui ses « cachets suspendus à une chaîne d’or » et est en quête d’un parti de deux mille roubles au moins : « Eh ! se dit-il, j’ai sans doute été victime d’une hallucination. Mon nez n’a pas pu se perdre sans rime ni raison, que diable ! » Se lançant à sa recherche, il le voit descendre d’un landau et monter des escaliers quatre à quatre en tenue de l’on ne sait quel grade – sans que rien dans la narration de Gogol n’indique si c’est le nez qui s’est accoutré en conseiller ou si c’est si c’est un conseiller qui porte le nez ; « A ce spectacle extraordinaire il crut qu’une révolution s’était produite dans son appareil visuel. » Il souhaite publier une annonce pour retrouver le conseiller qui lui aurait subtilisé son nez. Mais l’employé chargé de recueillir les avis de recherche ne veut pas recevoir son annonce : « Vous comprenez, si chacun se met à déclarer que son nez a pris la clef des champs… On reproche déjà aux journaux d’imprimer tant de sornettes… » En définitive, le retour du nez à sa place est encore plus étrange que sa disparition qu’on pouvait encore mettre sur le compte de la maladresse du barbier. Elle n’est pas sans évoquer ou annoncer « La Métamorphose » de Kafka si ce n’est que le récit de Gogol connaît un dénouement plus heureux que celui de Kafka…
L’écriture de Gogol se prend à « réaliser », au sens quasi cinématographique du terme, un délire. Il ne raconte pas seulement une histoire, il la sur-réalise, sortant les lettres de leur ronronnement, et c’est l’humour qui réalise cette prouesse. Comme lorsque le préposé aux annonces propose au malheureux conseiller-sans-nez une prise : « Ca calme les maux de tête et dissipe les humeurs noires ; c’est même excellent contre les hémorroïdes. » La malice aussi, comme lorsque ledit préposé invite Kovaliov à se tourner plutôt vers… un écrivain qui pourrait publier son récit. Gogol, visiblement l’écrivain auquel Kovaliov se serait adressé, n’en revient pas du récit du malheureux : « Ce qu’il y a de plus étrange, de plus extraordinaire, c’est qu’un auteur puisse choisir de pareils sujets… je renonce à comprendre. Premièrement, cela n’est absolument d’aucune utilité pour la patrie ; deuxièmement… mais deuxièmement non plus, d’aucune utilité. Bref, je ne sais pas ce que c’est que ça… » On interprète volontiers les aventures de ce nez comme les ragots d’une ville qui se serait emparée de l’accident pour se moquer d’un conseiller atteint en plein visage.
Un beau jour, on se réveille sans son nez et l’esprit court dans tous les sens. Peut-être un voleur de nez ; peut-être un sort. On peut tout aussi bien perdre une main, mais on ne serait que manchot ; un pied – que cul-de-jatte ; un œil – que borgne ; une oreille – qu’à moitié sourd ; et avec les nouvelles prothèses rien ne paraîtrait. En revanche, son nez ! On est encore plus défiguré que par un coup de sabre qui laisserait une balafre somme toute virile.

