The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
CHRONIQUE DE MOGADOR : ZDA’ DEL CORONA

… ils ont déserté les rues, ils se terrent dans leurs taudis comme des rats dans leurs trous, des lièvres dans leurs terriers, des termites dans leurs nids, comme si dans leurs intérieurs, derrière leurs volets, leurs encens et leurs incantations, le virus n’entrerait pas avec l’air, que le Makhzen le filtrerait au large et contrôlerait sa circulation d’une âme à l’autre, par les verrières quand elles n’ont pas été recouvertes de marbre, sous les portes quand elles n’ont pas été obstruées par du ciment de cendres, par les interstices aux vitres quand elles n’ont pas été comblées de mastic, ils sont entrés vivants dans la tombe de leurs intérieurs, sans se soulever, sans regimber, sans miser sur le vent qui passe pour aérer les poumons, chasser les virus et les microbes, de la variole, la tuberculose, le paludisme, comme si on ne devait pas mourir de ceci ou de cela, Allah préserve, Allah pourvoie, l’Ecclésiaste l'a dit avant Bouderbala, il n'est de recueillement qu'avec le vent, il va, il vient, il se calme, vanité des vanités, il soulève la poussière où nous ne sommes que mirages, silhouettes encrées de chair pour ressusciter les traces des ancêtres, il n'est d'autre linceul que l'absence et c'est Dieu qui le brode d'une mort à l'autre, baraka me zda’, ils ne vont tout de même pas vivre dans la terreur de mourir, en terre de siba, internés par le Makhzen dans leurs domiciles, alors que les oiseaux réclament leurs abats, les chats leurs détritus, les mendiants leurs aumônes, que les vagues se désolent de ne plus voir personne balbutier avec elles, que les araucarias s’ennuient, que dans le caoutchouc de la place de l’Horloge et dans celui de la place des Places, les premières hirondelles se sont déclarées pour prendre le taux de tiédeur, conclure une trêve avec les goélands et s’assurer qu’on n’a pas condamné l’entrée de leurs nids dans la muraille, baraka me zda’, les plus studieux découvriraient que les livres sont des mansardes, troquant leur peau contre de vulgaires textes alors qu’il n'est pas pires terreaux de mensonges, contre la vérité, la lucidité, la santé, voire contre Dieu, les plus mièvres prennent de la quinine à tort et à travers, plutôt que de se contenter d’ajerbbardhou, s’en remettre à Bouderbala, considéré pourtant comme un anti-virus humain pouvant contenir les assauts de Corona, quoique la ville vaccinée par toutes les plaies qui se sont abattues sur elle résistera seule à celle-ci, parce qu’elle a conservé des anticorps des temps passés qu’elle cultive de ses litanies, les mêmes que celles qui attirent les hirondelles, dispensent la rosée, ouvrent les pétales des chakras, répandent l’encens des belles de nuit, bercent les araucarias, baraka me zda’, débarrasse donc les lieux, Corona de malheur, Bouderbala te mènera au Sahara où tu trouveras un cercueil de sable digne de toi, il ameutera le sirocco qui, chevauché par le Petit Prince, aura vite fait de te diluer dans de l’huile de térébinthe, Bouderbala demande seulement des ailes pour voler et planer jusqu’à là-bas et c'est parce qu'il n'a pas d'ailes qu'il se terre dans les mots qui se laisseront peut-être soulever par le vent pour voler et planer, un errant marmonnant dans un débarras de l’on ne sait combien de milliards de survivants, lui au moins n’a plus rien à craindre, il n’est plus, il n’a plus rien, le soleil peut s’embraser, la terre trembler, le toit lui tomber sur la tête, il doit rester calme, s’incliner devant la plaie, en tirer le meilleur, tant qu’il est là, il ne sert à rien de s’inquiéter et de pleurer, les commentateurs n’ont rien d’intéressant à dire sur le monde, ils assourdissent les dieux de leurs balivernes, ils se remettront à parler quand les hommes se seront tus, Bouderbala balance entre la moisissure humaine et l’imperturbabilité divine, pour un instant d’éternité, pour une parole de silence, le cœur moisi, les yeux couverts de toiles d'araignées, la bouse cousue de scali, plutôt mâcher de la laine pour mieux garder sa langue, poursuivre sa tournée, sans autre signalisation que celle du vent, sans autre écho que le battement d'aile de l’albatros, baraka me zda’, dans tous les cas les hommes sont internés sur terre avant d'être enterrés, Dieu n'a qu'une seule arme et elle est mortelle, il l'utilise sans distinction contre ses créatures, les humains autant que les bêtes, les sages autant que les sots, les justes autant que les pervers, il recourt à elle pour sévir et sauver, la naissance est hasard, l’existence est hasard, la mort est hasard et le hasard n'est que le surnom de la liberté qui n’est que le revers du destin, l’insensibilité de l’homme au hasard donne à sa vie une tournure dramatique, s’en pénétrerait-il qu’il célébrerait sa présence comme un miracle ou la raturerait d’un suicide, Bouderbala sait que sitôt qu'il ne dormira plus, de son sourd et bon sommeil, il basculera dans l'éternité que les survivants nomment mort, baraka me zda’, la procréation est la plus vaste industrie d'engrais et c'est le désir qui l'actionne, Bouderbala en est exclu, il attend le désir pour sortir de son cercueil de chair, il ne croise ni promeneuse de l’aube ni passante du soir, ni sorcière des trottoirs ni succube des égouts, il n’est pas du parti des humains mais des des étoiles, il ne s'oriente pas aux voix mais au vent, ce sont ses cheveux et les poils de sa barbe qui lui donnent son sens, le vent du nord les glace, le vent du sud les calcine, la tourmente les emmêle, quand le vent se calme, c'est signe que Bouderbala est exaucé et que le vent a laissé les rainures de son désir sur ses traits et sur le sable, baraka me zda’, il ne prend pas ses augures aux livres, il les reçoit des galaxies, il ne doute avec Blanqui qu'il a des milliards de sosies sur des milliards de planètes, et tous marmonnent ces mêmes bribes dans le silence, portent ces guenilles, entonnent le même hymne à la souveraineté de la solitude, Bouderbala n'a pas le mauvais goût de s'escrimer avec son destin, les gens ont peur de lui tendre leurs aumônes, il est prêt à tout instant à remettre les clés de la terre et à se retirer dans la poussière, convaincu par la raison, charmé par le poème, acquis au dépouillement, résigné et serein, en hôte sursitaire du vent, il ne caresse d'autre vocation que de désarmer Dieu en soulevant la poussière contre lui, il laissera derrière lui ces divagations dans le silence intersidéral et deux ou trois accords de son oud, sinon tout le reste n’est que dikhr que la nourrice imprime à chacun en le balançant, et c’est comme disait Rûmi « avec les fibres de son propre cœur que l’amoureux tisse le satin et le brocard »…

