BILLET D’AILLEURS : UN CRACHEUR DE HAINE

28 Jun 2020 BILLET D’AILLEURS : UN CRACHEUR DE HAINE
Posted by Author Ami Bouganim

Puis Zemmour est accouru à la rescousse de la France, en Camelot de Bolloré et en Zorro du général Tapioca, chevauchant les livres, égrenant les citations, chargé par CNews de gonfler son audience. Ce n’est pas un intellectuel – ce serait insulter le sémillant et populaire sexagénaire ; il n’en a ni l’érudition ni la posture – il est au-dessus de tous ces verbeux homoncules. Ce n’est pas un philosophe – ce serait le ranger du côté des mondialistes incurablement et niaisement humanistes ; il n’a pas de patience pour leurs lourds traités – il est au-dessus de ces rats des bibliothèques. S’aviserait-on de lui poser une question sur le sens ou le non-sens de la vie qu’il aurait son sourire entendu de premier de la classe, content de lui et de sa popularité, qu’on enquiquinerait sans même lui demander de dédicacer l’un de ses livres. L’engagerait-on sur Kant, Bergson ou Heidegger qu’il se dépêcherait de reconnaître sournoisement son incompétence pour se débarrasser de vous non sans cacher sa pitié. Lui parlerait-on de Freud qu’il déclarerait ne rien comprendre au divan et dénoncerait l’industrie des antidépresseurs qui commence par déprimer ses clients pour mieux les droguer. Ah ! il se prend pour un nouveau Voltaire et ça, on ne peut le lui enlever. Il voltairise, le brillant homme, il croit voltairiser. Il mélange torchons et serviettes, il raconte des histoires sans queue ni tête, il rue dans tous les brancards, il bastonne dans tous les sens… il ne recule pas devant le scandale d’encenser Pétain et de se découvrir des liens avec… la Wehrmacht. Il surpasse Voltaire qui n’était qu’un mauvais auteur de contes philosophiques aveuglé par ses Lumières alors que lui est un pétulant pamphlétaire qui garde les yeux grand-ouverts dans les ténèbres qui sévissent dans une tête plus cuistre que courtoise. Dans « Candide », Voltaire disait d’un critique : « C’est un mal-vivant…qui gagne sa vie à dire du mal de toutes les pièces et de tous les livres, il hait quiconque réussit comme les eunuques haïssent les jouissants, c’est un de ces serpents de la littérature qui se nourrissent de fange et de venin ; c’est un folliculaire. » Voltaire ne se doutait pas qu’un jour, la France se donnerait un artiste des plateaux télévisés de l’envergure d’un Zemmour !

Au début, il avait l’humilité de se poser en journaliste polémiste, passablement historien, s’amusant à déranger le bal des vanités et le ballet des livres. Puis il s’est mis à son tour à débiter des livres et désormais il n’est pas une question sur laquelle il n’ait son mot à dire – le plus intelligent au monde. Il est chargé par le général Tapioca de dire leurs quatre vérités à tous les chercheurs qui rutilent devant son amateurisme tous terrains et se laissent tenter par les invitations à débattre avec lui. C’est, qu’on soit de ses partisans ou de ses détracteurs, un avorton du colonialisme qui se pose en héros de je ne sais quel populisme souverainiste nationaliste. Il ne cesse de puiser des citations dans la réserve qu’il s’est constituée pour les balancer aux mauvais intellectuels qui ont été les premiers à abuser du procédé rhétorique. Quand il est en panne de citations, il a une phrase en latin qu’il est le seul à comprendre et qui présente le mérite d’impressionner les trois Figurants sélectionnés pour composer le chœur chargé de renchérir sur ses perles. Ils ne sont pas moins recherchés que lui. L’un arbore un sourire obséquieux pour ne pas encourir son revers de la main, le second est si pâle qu’on le soupçonne de se poudrer, le troisième – Harold ! – porte des bretelles rouges et une barbichette en guise de bavette (je n’invente pas, même l’esprit le plus caustique du cirque traditionnelle n’aurait pas inventé personnage plus loufoque). Mais c’est Z. qui reste le maître incontesté du plateau, qu’il domine de je ne sais quel perchoir, prêt à fondre sur le malotru qui commettrait le crime de le contredire, hochant magnanimement la tête pour donner son assentiment qui serait comme une caresse à ses pom-pom boys. Je ne sais quelles sont les positions des uns et des autres, je ne les regarde pas pour baver avec eux ou contre eux, mais pour rire et me divertir. Ils ne sont pas payés pour me convaincre mais pour m’amuser – en me caressant dans le sens du poil ou en le hérissant. C’est à peine si l’honnête animatrice ébauche de timides protestations : « Je n’en ai pas connaissance. » Heureusement, Z. s’empresse de couper court à toute velléité de divergence. C’est lui le véritable animateur, elle n’est là, elle aussi, que pour la figuration : « Moi, j’en ai. » Sans plus. Ceux qui envisagent de le poursuivre pour incitation à la haine gratuite feraient mieux de le faire pour brimades morales infligées à présentatrice malmenée. Je ne connais pas un autre média au monde qui ne soit pas celui d’une secte ou d’un parti – à moins qu’il ne le soit d’une loge mercantile – dont tout le succès vient de ce qu’il donne la parole à un petit cabotin (un Woody Allen à la sauce moutarde et sans son talent), dont les interventions sécrètent et cultivent la haine. Dans « Terre des Hommes », Antoine de Saint-Exupéry disait : « Je n’en veux pas à ceux qui préfèrent la beuglante. Ils ne connaissent point d’autre chant. J’en veux au tenancier du beuglant. Je n’aime pas que l’on abîme les hommes. »

Z. est si pervers qu’il décèle la perversité partout, à tous les échelons, chez tous les hommes, les migrants surtout, assimilés à autant d’envahisseurs, qui ont gagné la France dans les malles des anciens pilleurs coloniaux. Il se pose en illustration de l’assimilation même s’il ne réussit qu’à la caricaturer. Jour après jour, d’une émission à l’autre, d’un assaut à l’autre, pour reconquérir, à force de citations, les territoires humiliés, ostracisés et brimés de la République. Tant d’acharnement contre les Maghrébins ne peut venir que d’une haine tenace de soi – et rien n’est plus risible chez les Berbères autant que chez les juifs. Je vois les chibanis de Sarcelles ou de Grasse, harkis ou non, pratiquants ou non, qui endurent ses vaticinations, le montrer du doigt sur l’écran et dire : « Tu vois, mon fils, cet homme-là, c’est ce que la colonisation a créé de plus caricatural, je ne voudrais pas que tu lui ressembles. » Il n’y a qu’eux, leur air et leur chagrin, qui m’incitent à penser que cet énergumène ne prête pas tant à rire qu’à pleurer.

Ce n’est qu’une scorie hurluberluesque dans la riche saga judéo-algéro-française avec des noms comme Jean Daniel, Jacques Derrida, Jacques Attali et d’autres, autrement plus sensibles à leurs sources et à leurs racines, et qui, je veux le croire, se retournent dans leurs tombes ou cherchent leurs mots, comme moi, pour dénoncer ses acrobaties médiatiques. C’est peut-être me salir que lui prêter autant d’attention, plutôt cette tache que celle d’assister au ballet autour de lui sans protester, même si je ne me leurre pas sur la portée de ce post. En cela, BHL a eu raison de se démarquer de lui…