BILLET D’AILLEURS : POST A ZOZKEKON

28 Aug 2020 BILLET D’AILLEURS : POST A ZOZKEKON
Posted by Author Ami Bouganim

Dieu ! quelle haine ! D’où sourd-elle donc ? Bien sûr, elle est gratuite. Sinon on n’en déverserait pas autant. Sur les routes, dans les cours de récréation, lors des manifestations ! Les réseaux sociaux ! Ah ! ces réseaux ! Quelle calamité ! Quel déchaînement ! On croit être à l’abri sur sa page, à écrire ce qu’on a envie d’écrire, pour ses amis, sans s’encombrer des réactions des lecteurs-clients qui risquent de résilier leur abonnement, et voilà que soudain, sans crier gare, surgi d’on ne sait où, un intrus vous couvre d’invectives en guise de crachats. Je croyais avoir trouvé un espace de liberté auquel seules de galantes personnes auraient accès et je n’arrête pas d’être agressé par les plus intraitables des zélateurs de Zozkekon. Pourtant, ce n’est pas le Messie, ce ne peut l’être. Ses partisans, il est vrai, ne lui trouvent que des vertus – et jusque dans ses vices. Ses mensonges répétés, ses frasques, ses roues, ses combines. On s’en remet à ses pronostics, de plus en plus farfelus, à ses accusations, de plus en plus haineuses, à ses menées, de plus en plus irresponsables. Comme si Zozkekon répondait à des aspirations plus lancinantes et pathétiques qu’à de vulgaires attentes politiques. Comme s’il réparait des offenses plus cuisantes, subies ici ou là, à Tamanrasset ou à Sarcelles. Pourtant ce n’est qu’une peluche de chair et de salive, comme toi, comme moi, et sa prédilection pour le champagne rose et le cigare cubain ne le dispense pas de comparaître devant un tribunal.

Je n’ai jamais demandé l’amitié que de ceux qui connaissent le sens de l’amitié. J’aurai dû consentir à admettre dans mon cercle des inconnus qui en faisaient la demande. Par politesse et par hospitalité. Je veux bien de leurs commentaires, de leurs arguments, de leurs critiques. Quand ils sont rédigés convenablement, ils présentent le mérite de nuancer mon propos. Malheureusement, des invectiveurs se seraient glissés dans les lieux, peut-être à leur insu. Ce n’est pas une raison de me sauter dessus sitôt qu’ils tombent sur un texte en lequel ils ne se reconnaissent pas, ils peuvent toujours l’assimiler à un miroir déformant et chasser de la sorte l’image qu’il renverrait d’eux. Ils auraient grandi dans la haine (liraient-ils que je leur aurais conseillé les passages de Nietzsche sur les Juifs, un grand philosémite, n’est-ce pas ?). Ils auraient vécu dans la peur. Ils auraient accumulé un tel ressentiment qu’ils verraient de travers tous ceux qui ne partagent pas leur soutien inconditionnel à Zozkekon. Pourtant, ils sont rentrés, depuis des décennies, ils sont en sécurité, pour des décennies, ils devraient se calmer. Certains auraient même des rentes ou des retraites leur permettant de couvrir leur balcon d’une vigne et de planter un olivier dans un pot. Mais ils sont tellement excités que les invectives que mes précédents posts m’ont valus sous cette rubrique m’auraient communiqué leur excitation. Sans cela, je n’aurais pas écrit celui-ci. Il est des choses plus intéressantes que les querelles politiques pour lesquelles ils se passionnent. Ils semblent d’ailleurs ne s’intéresser qu’à elles, comme s’ils n’avaient ni les yeux pour les commentaires du Talmud ni les oreilles pour les belles musiques qui bercent cette contrée. En revanche, ils excellent dans la criaille et la semonce. Je sais, ils habitent un mythe où l’on célèbre Zozkekon, du matin au soir, et on ne touche pas à un mythe vital. Ils se lèvent – Zozkekon ; ils se couchent – Zozkekon. Ils ne savent pas encore que Zozkekon est la principale menace sur la cohésion de son prétendu empire. C’est comme ça avec les agitateurs qui s’installent au cœur des cultes qu’on leur rend. Dois-je pour autant m’accommoder du mythe de bric et de broc où l’on veut m’interner ?

Je suis anti-Zozkekon depuis des lustres comme je suis contre le Baal depuis deux ou trois millénaires. Je ne l’aime pas, ni ses provocations – qui ne servent que ses intérêts personnels – ni sa dégaine – il n’a que ça pour lui. Je suis contre tout culte de la personnalité, les calamités viennent dans le sillage de ces cultes étrangers. L’autre jour, le voisin du dessous, est monté trois étages à pied pour me dire mon mot. J’habite la bâtisse depuis cinquante ans, il vient d’emménager, il voulait me donner des leçons de cohabitation. Une homélie sur Zozkekon. Ecrivez ceci, n’écrivez pas cela. On habite peut-être le même bâtiment, on ne se connaît pas pour autant. Il n’était peut-être pas là quand c’était plus beau, plus sobre, plus noble… moins hargneux – et ce l’était ! Je lui ai servi un verre d’arak – qu’il n’a pas aimé – et comme je suis hospitalier, je me suis retenu de lui demander de me laisser rêver à ma guise sur ma page. J’ai néanmoins murmuré : « Je ne peux écrire que ce que je pense et non ce que l’on attend de moi de penser. » Au bout d’une demi-douzaine de verres d’arak (les trois que je me servais, les trois qu’il ne buvait pas), je me suis mis à le tutoyer. Je ne te demande pas de t'arracher à Zozkekon, tu ne le pourrais pas, il te tient solidement au bout de ses fils de montreur de marionnettes. Tu ne vois ni ses vols ni ses trahisons, encore moins ses manigances qui sont en train de mener ce pays à la ruine. Je te demande seulement de te détacher de moi, je n’aime pas les invectives, désabonne-toi de cette page. Pourquoi ces petites contrariétés alors que tu es à la retraite ?! Sous ton balcon s’étend la mer, ne te risque surtout pas dans les coulisses où le rêve que tu as réalisé se décompose dans la misère et la promiscuité pour tant d’autres – des millions ! Personne ne t’oblige à me lire, à moins que tu ne te complaises à mariner dans le fiel que tu as accumulé tout au long de ta vie, à force de haïr les Arabes, les humanistes, les socialistes, ceux qui ne pensent pas comme toi. Continue de te prélasser sur ton balcon, laisse-moi écrire dans mon coin. Maintenant que tu es rentré, comme dirait Albert Londres, tente de te libérer. De ta haine, de ta peur, de ta manie à tacler les victimes de Zozkekon. N’essaie surtout pas de me gagner à son culte, j’ai passé l’âge de croire aux trolls. Je dois seulement t’informer, pour le salut de ton âme, qu’il n’est pire idolâtrie, plus nocive et dangereuse, que le culte de Zozkekon. Tout ce périple – deux mille ans ! – pour basculer dans la possession politique qui risque, bel et bien, d’être suivie d’une débandade générale. Moi, j’ai réservé ma place dans le monde à venir. Je n’ai rien à craindre, Zozkekon n’y est pas convoqué – à moins qu’il ne se repente et débarrasse le plancher qu’il menace de crever…