LE JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LE TOURNIS DE TANGER

19 Jun 2021 LE JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LE TOURNIS DE TANGER
Posted by Author Ami Bouganim

Tanger est une Lisbonne échevelée, sans son vernis et sa patine. Elle n’aurait ni centre ni cœur. Elle dévale de tous côtés de sa casbah vers une mer franche dont on ne cherche pas à savoir si elle est du côté de la Méditerranée ou de l’Atlantique. Partout, sans cesse, à toute heure du jour et de la nuit, un coq se réveille en sursaut et pousse un cri qui ne viserait qu’à ameuter le brave égorgeur qui mettrait un terme à son calvaire d’insomniaque. On doit avoir le cœur solide pour monter toutes ces pentes, soutenir toutes ces cohues et traverser les litanies coraniques qui émanent des maisons endeuillées. Le sens de la mesure aussi pour résister au tournis de cette cité surmenée prise de transes exhibitionnistes.

Tanger couve depuis si longtemps l’insurrection que celle-ci se serait calcinée dans les entrailles de ses Socco et les boyaux de sa médina. C’est pour l’heure le chantier d’une vocation embrouillée et c’est toujours en vagabond qu’on l’habiterait. On lui cherche une âme dans ses dissipations, on croit la trouver dans la belle et chaude voix langoureuse de cette chanteuse au bar du Minzeh qui communique son blues à l’arabe.