The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
LE JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LA CHROREGRAPHIE DE L’ARGENTINE

Le dimanche, Buenos-Aires se couvre de marchés où les artistes se mêlent aux artisans, les fripiers aux restaurateurs. Des cochons tire lire ; des moulins manuels ; une riche gamme de verres à maté, « dans des sabots et dans des couilles de taureau ». La Feria de Mataderos se propose en carré de danses en plein air. On procède au lever des couleurs, négligeant l’hymne national, trop entaché, pour un vieux chant d’amour et de nostalgie. L’animateur crie par trois fois : « Viva la Patria ! », laissant au public le temps de répondre : « Viva ! » Puis on se met à danser sur la place. Toutes gens mêlées. De vieilles et de jeunes ; de blanches et de noires. Les musiciens prennent d’assaut la scène. Ils dansent parce qu’ils s’aiment et ils s’aiment parce qu’ils dansent. On le voit sur leurs visages, leurs mouvements et leurs regards. La danse serait pour eux une manière de converser sans échanger un mot. Les badauds se trémoussent en chantant des chants populaires où se conservent de vieux souvenirs dont les échos s’amortissent avec le sourd battement du Bombo Legüero. Plus loin, un couple se livre à la compensita. Les jambes se croisent et se décroisent, s’emmêlent et se démêlent, en une tentative, vouée à l’échec, de crocheter les sentiments d’une lascivité insensible. Les bas croisés de la danseuse accentuent la sensualité de cette roue de la reconnaissance entre l’étranger et l’hôtesse dont les regards, s’évitant, restent irrémédiablement parallèles. La présentatrice demande un peso, un dollar ou un euro. Le tango reste la chorégraphie de l’Argentine et ce serait celle d’une vibrante perplexité dans ce laboratoire du métissage vers lequel l’Europe devrait se tourner pour lire son avenir et arrêter de gratter les belles et sobres couleurs qui poussent à la croisée de ses propres métissages.

