LE JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LES COQS INTELLECTUELS

7 Nov 2021 LE JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LES COQS INTELLECTUELS
Posted by Author Ami Bouganim

Il n’est ni de gauche ni de droite, ni libéral ni conservateur, ni de ce dieu ni d’un autre, ni de ce maître ni de son rival, ni d’un clocher ni d’un minaret, ni d’ici ni d’ailleurs. C’est un débatteur invétéré, plaidant le pour et le contre, dans le seul souci de marquer des points. Il s’accroche à des sommités dont personne ne se souvient et invoque des livres que nul n’ouvre plus. On ne sait ce qu’il veut, nul ne le saura jamais, puisque lui-même ne le saurait pas. Ce n’est pas un sophiste, il n’en a pas l’envergure ; ce n’est pas un philosophe, il n’en a pas la prétention. C’est plus que l’un et l’autre, c’est un racoleur de mauvaises causes. Il n’excelle dans ce pugilat oratoire que parce qu’il n’arrête pas de débattre en sourdine avec lui-même, depuis qu’il gargouillait dans son berceau, prenait un malin plaisir à poser des colles à l’institutrice, argumentait à tort et à travers aux cours d’instruction civique, et probablement continuera-t-il de débattre tant que les vers lui laisseront le loisir de ruminer la mite de ses livres dans la tombe. Ce serait clownesque si ce n’était le pugilat que la Sourne propose de meilleur dans son cirque intellectuel.

On ne comprend pas pourquoi ses protagonistes, mus par un sourd instinct exhibitionniste, se présentent devant lui. Ils prennent place sur le siège qui fait face à son perchoir comme s’ils étaient accusés d’on ne sait quel crime. Contre les Sournois, contre la Nation, contre la Souveraineté… contre l’Amour de la Partie généralement bradé aux périodes où celle-ci se prostitue et viole ses principes et ses valeurs les plus sacrés au nom de slogans éculés qui se proposent en idées vaporeuses. Il a l’art de convertir la bouche de son protagoniste en bec et comme il acère le sien quotidiennement, il a vite fait d’en faire une bouchée. Il a compris que rien n’est plus gratuit que les paroles, surtout quand elles ne recouvrent rien, comme dans une basse-cour où l’on caquète en vain. On ne suit pas tant les émoluments du coq de service pour écouter ses prophéties, encore moins pour se réveiller, que pour applaudir à ses coups de bec. Il s’est tant exercé à débiter ses insanités que la volaille en lui est devenue un perroquet de proie qui ne pense qu’à acculer sa victime à ses contradictions – comme si l’homme n’était pas de nature une créature contradictoire.

Le combat de coqs intellectuels est solidement enraciné dans les mœurs et les traditions des Sournois et les commentateurs étrangers ne comprennent pas qu’il continue de passionner autant. Ils ne réalisent pas encore que ce n’est qu’un nouveau jeu télévisé ouvert aux plus nerveux, tonitruants et gesticulatoires des hommes et ce serait somme toute comique si ceux-ci ne voulaient devenir vizirs pour perdre la Sourne sous prétexte de la sauver.