The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
DANS LE SILLAGE DE FREUD : UN DETERMINISME PSYCHIQUE

Freud ne se fait aucune illusion sur l’homme, porté de nature à agresser son prochain, l’instinct de destruction et de mort se mêlant chez lui à l’instinct de conservation et d’amour. Il ne se laisse convaincre ni par les prêches sur l’amour universel ni par les discours sur la bonté naturelle pervertie par le monde (Rousseau) ou la propriété privée (Marx). Il maltraite l’amour du prochain avec tant de sarcasme et un tel acharnement qu’il donne l’impression de chercher à exorciser l’humanité de ses maximes les plus nobles/creuses. Comme chez tout être vivant, la faim et l'amour sont les deux pulsions naturelles les plus fondamentales de l’homme. La première se vouant à la préservation de l'individu, la seconde à celle de l'espèce. L'activité psychique recouvre, elle, un dépassement plus perturbé que serein de l'activité instinctuelle – en sublimation constante. Dès lors, la geste psychanalytique s’attacherait à reconstituer les sublimations socio-culturelles des deux pulsions naturelles et plus particulièrement, en situation de satiété, de la seconde.
Freud pose le principe de conservation du psychisme sur le modèle de celui de la conservation de l'énergie. Il parle de « la conservation des impressions psychiques » : « Rien dans la vie psychique ne peut se perdre, rien ne disparait de ce qui s'est formé, tout est conservé d'une façon quelconque et peut reparaître dans certaines circonstances favorables, par exemple au cours d'une régression suffisante » (« Malaise dans la Civilisation », p. 11). Ce principe légitime le déterminisme psychique au cœur de ses considérations : « L'arbitraire psychique n'existe pas » (« Le Rêve et son interprétation », p. 107). C’est également ce qui conférerait à la psychanalyse et à sa pratique ses prétentions scientifiques : « Le psychanalyste se caractérise par sa foi dans le déterminisme de la vie psychique. Celle-ci n'a, à ses yeux, rien d'arbitraire ni de fortuit ; il imagine une cause particulière là où, d'habitude, on n'a pas l'idée d'en supposer. Bien plus : il fait souvent appel à plusieurs causes, à une multiple motivation, pour rendre compte d'un phénomène psychique, alors que d'habitude on se déclare satisfait avec une seule cause pour chaque phénomène psychologique » (« Cinq Leçons », p. 43).
Dans son positivisme, Freud investit l’intellect de vertus thérapeutiques. Ce serait la reconstitution consciente, conduite par la raison ( ?) ou sous son contrôle, des procédés inconscients (levée des résistances surtout) qui conduirait à l'acceptation, partielle ou totale, du désir et des figures de sa sublimation. L'intellect est à même de se mesurer au désir, le maîtriser, l’orienter, le désublimer-resublimer. Or tout montre que l’intellect peine sinon échoue à « raisonner » l’instinct, dont participe le désir, et ses dérivées passionnelles. Freud préconise comme une catharsis intellectuelle consistant à dévider l’inconscient pour mieux desserrer-dénouer ses scellés sur la conscience et libérer sinon guérir celle-ci pour lui permettre de s’accommoder de ses limites ou de s’épanouir.
Cet intellectualisme trahirait un rare puérilisme dans l'histoire de la thérapie. On ne peut s’empêcher de se demander, avec Nietzsche, pourquoi une catharsis instinctuelle ne serait pas plus thérapeutique qu’une catharsis intellectuelle ? Peut-être parce que toute catharsis instinctuelle, même la plus raisonnée, s’apparenterait à la religion, soit qu’elle se présente sous une forme déliée-dionysiaque, soit sous une forme ritualisée-apollinienne. Or pour Freud une illusion religieuse reste une illusion, quel que soit le génie que l’on met à apprêter intellectuellement la notion de Dieu. On ne croit en lui que sous sa contrainte ; sinon il ne sauverait de rien. Il n’est par conséquent de religion que tramée par la naïveté et la rectitude de la foi et toute tentative d’en remanier la notion pour résorber une crise dénote plus de malhonnêteté intellectuelle que de génie religieux. Freud ne tolère aucune trouvaille destinée à replâtrer une religion ruinée. Son irréligion est si radicale qu'il n’est pour lui plus grande guérison collective que de la religion et salut plus universel que dans l’affranchissement, par la raison, de l’illusion religieuse.
Cette position n’ôte rien aux vertus cathartiques de la religion, mieux indiquée pour contenir-délier-maîtriser-traiter l’instinct de conservation et ses dérives passionnelles. N’est-elle pas – souvent – plus thérapeutique qu’aliénante et sa névrose, si tant est qu’en accord avec Freud ce soit une névrose collective institutionalisée, n’est-elle pas préventive, protectrice et… prometteuse ? susceptible de le devenir ? Mais les critiques les plus acerbes ne viennent pas du côté des esprits religieux, insensibles au rôle qu’a pu jouer la psychanalyse face au recul des religions, le judaïsme et le christianisme surtout, mais du côté des thérapeutes pratiques plus loquaces les uns que les autres qui reprochent à l’analyste son silence. Freud avait peut-être compris que la parole de l’autre complique davantage qu’elle ne démêle, perturbe davantage qu’elle ne soulage, et qu’il vaut mieux laisser le patient chercher et trouver sa voie à son propre raisonnement-rétablissement…

