The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
LE JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LE METRO CLANDESTIN

Dans un wagon de métro, c’est toute l’humanité que l'on trouve en vrac. Soumise au harcèlement publicitaire, avec par-ci par-là de petites compensations poétiques. Les vers, que nul ne lirait plus dans leurs recueils de papier, retiendraient l’attention dans ces rames des jours et des passagers. Une manière de consacrer la déchéance publicitaire de la poésie, pauvre clocharde qui aura trouvé refuge dans le métro, comme pour cette épigramme d’Édouard Lebrun (1729-1807) :
« On vient de me voler...
–Que je plains ton malheur !
–Tous mes vers manuscrits.
– Que je plains le voleur ! »
On doit avoir le sens de l’humour, à moins que ce ne soit celui de l’ironie, pour embarquer Le Paresseux de Saint-Amant (1594-1661) :
« Accablé de Paresse et de Mélancolie
Je rêve dans un lit, où je fagote.
...
Et hais tant le travail que, les yeux entr’ouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine
Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers. »
Malheureusement, ce sont les panneaux publicitaires qui légenderaient encore le mieux le désastre que peuvent connaître des habitants pour qui la ville enchantée deviendrait sordide :
« Pour vaincre votre solitude il n’y a qu’une seule porte à pousser : la porte ouverte. »
De toutes les stations, celle de Barbès serait la plus… mondialiste. Une station d’aiguillage des races, des couleurs, des cultures. Les Arabes descendent, les noirs montent, les asiatiques se glissent, les blancs se débinent. Il en est qui donnent l’impression d’avoir fait la route à pied, du fin fond de l'Afrique, noirs dans des tuniques blanches, la tête couverte d’un turban, un châle sur les épaules, un sac de voyage en guise de besace pour nulle part et une canne artisanale à la main. Ils ne seraient pas tant désorientés qu'inquiets de descendre dans ces galeries souterraines réservées aux humains qu’un inexorable destin condamne aux boyaux de la terre. Le monde ne serait plus qu’une vaste gare de triage pour migrants perplexes en quête de salut ou de non-sens.
Un jour la France se secouera de sa sinistrose, Paris recouvrera ses lumières avec ses couleurs, et l’on baptisera cette station Monde en hommage à Barbès et à Rochechouart que plus personne ne saurait qui ils sont.

