The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
SUR LES TRACES DE DIEU : LE PARI PASCALIEN

Pascal serait le plus honnête des chrétiens, le plus bonasse aussi. Il ne s'acharne pas contre la raison ni ne dénigre les sens. Il reconnaît les droits de la raison dans un aveu d'humilité, ceux de la religion dans un état de grâce. Il a été parmi les premiers à souligner le scandale que recouvre la religion et à présenter la foi comme une épreuve intellectuelle qui ne serait nulle part plus patente que dans le sens du péché qui tramerait la conscience de soi. Le péché originel serait encore le plus mystérieux : « Le péché originel est folie devant les hommes, mais on le donne pour tel. Vous ne devez donc pas reprocher le défaut de raison en cette doctrine, puisque je la donne pour être sans raison » (« Pensées », & 695). L'homme ne saisit le mystère de son être qu'en assumant comme péché le mystère de sa présence sur terre.
Dans le chaos infini de l’univers, Pascal propose de parier sur Dieu : « Il se joue un jeu à l'extrémité de cette distance infinie où il arrivera croix ou pile. Que gagnerez-vous ? par raison vous ne pouvez faire ni l'un ni l'autre ; par raison vous ne pouvez défaire nul des deux » (« Pensées », & 418). On miserait le fini pour l'infini, la mort pour l'immortalité, la détresse pour le bonheur, un pari auquel on aurait tout à gagner – l'éternité et la béatitude, rien à perdre – sinon la bassesse et le malheur. Un pari qui n'engagerait que la volonté de l'homme embarqué dans le manège de l’être : « Ce n'est pas volontaire, vous êtes embarqués. » Si la raison est récusée dans le débat sur l’existence de Dieu, elle ne serait pas exclue par son pari : plus pondéré que Kierkegaard, Pascal laisse percer comme un grain de raison dans son pari : « L'homme est plus inconcevable sans ce mystère, que ce mystère n'est inconcevable à l'homme. »
Pourquoi alors tous les hommes ne misent-ils pas leur misérable et dérisoire vie pour gagner le salut ? ne misent-ils pas leur néant pour l'être (en) de Dieu ? – Peut-être parce que l'homme résiste de toute son incrédulité, trouve sa noblesse dans une dignité philosophique qui répugne au pari considéré comme la tentation de l’homme immature. Dans tous les cas, la prédication religieuse serait plus impérieuse que le discours philosophique, plus commune, plus audible : « Ce que Platon n'a pu persuader à quelque peu d'hommes choisis et si instruits une force secrète le persuade à cent milliers d'hommes ignorants, par la vertu de peu de paroles » (« Pensées », & 338). Le salut pour ceux qui cherchent Dieu, le trouble pour ceux qui ne le cherchent pas – ce serait le leitmotiv de toute prédication. Elle réussit partout où la philosophie échoue. Elle est alimentée par le principe énonçant que le salut n’est donné qu’à ceux qui le cherchent tandis que le désarroi guette les autres.

