The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
SUR LES TRACES DE DIEU : UNE MYSTIQUE DEPOUILLEE

La mystique musulmane tend à réduire le dévot à une silhouette divine. Elle évite de s’encombrer de symboles et de métaphores. Abd el-Qâder el-Jîlânî privilégie le dépouillement plutôt que l'union. On ne s'unit pas à Dieu, on s'ouvre et se livre totalement à lui. On ne cherche ni à connaître Dieu ni à percer ses desseins : « Si tu veux t'isoler avec le Seigneur, tu dois te soustraire à ta présence, à toi-même, à tes propres arrangements et à tes délires » (« Enseignements soufis », Albouraq, Beyrouth, 1996, p.134). On s'isole avec Dieu, n’entretenant d’autre commerce avec les hommes que pour se dépouiller en faveur des plus pauvres. Pour Farid al-Din Attar, on ne se sauve qu’autant qu’on se perd, on n’est qu’exaucé qu’autant qu’on est débouté, on n’est comblé qu’autant qu’on est ruiné, on n’est riche qu’autant qu’on est pauvre… on n’accède à la plénitude que mort. On ne célèbre pas tant sa présence que son absence. On prend le chemin de nulle part pour remuer la poussière de sa prochaine absence : « Je ne connais pas de bonheur plus grand pour l’homme que de se perdre lui-même » (« Le langage des oiseaux », p.181). Le dépouillement serait vocation de l’ambition spirituelle. On ne sait ce qu’on comprend, on ne sait que dire. Dans son « Mesnevi », Djalâl Al-Dîn Rûmî accentue la dimension amoureuse. Son soufisme semble poursuivre la pamoison d’amour. Son derviche est l’homme détaché. Il n’a plus de moi, il s’en est arraché, pour se lier à Dieu par l’amitié, en quête permanente de son visage jusque dans le rêve, au seuil de l’amour absolu. L’homme remet son destin entre les mains de Dieu, au point qu’il n’est pour lui ni malheur ni bonheur. Tout ce qui nous arrive serait pour le mieux, tout se situe sous le « Dieu fait ce qu’il veut… » (Coran, XIV, 32).
Le « Mesnevi » est si populiste qu’on a du mal à croire que son auteur est le même que celui des « Odes mystiques ». Plutôt que l’œuvre d’un seul homme, ce serait celle d’une assemblée de disciples inspirés. On décèle plusieurs voix, les unes surenchérissant sur les autres, souvent pour dénigrer la veine poétique, « verbiage louangeur des poètes, bavardage de moulins à paroles… » (Albin Michel, 1988, 27, p.54). Des pastiches de paraboles et de contes que l’on rencontre dans nombre de traditions. Ils ne s’élèvent ni aux hauteurs mystiques ni philosophiques, ils n’insinuent pas même le sens religieux. Ils restent en deçà du Coran et de sa verve. On ne trouve ni illumination ni intuition. On n’en comprend pas la leçon ou la morale, on ne voit pas leur lien avec le récit. Sinon cette injonction : « Prenez au sérieux les mots insensés des contes » (84).
Les soufismes sont autant de variations sur les versets du Coran. Ils ne les interprètent pas, ils brodent autour d’eux le cocon d’où l’âme s’échappera.

