NOTE PHILOSOPHIQUE : LA VULGATE FREUDIENNE

11 May 2022 NOTE PHILOSOPHIQUE : LA VULGATE FREUDIENNE

Comment la psychanalyse sait-elle ce qu'elle avance ? Quelles preuves avons-nous de la pertinence de ses thèses pour ne point parler de leur vérité ? Quelles preuves de « l'existence indéniable de la résistance » ? Pourquoi la prise de conscience de l'inconscient serait-elle thérapeutique ? Pourquoi ne serait-on pas en présence d'une vulgate encore plus pernicieuse que les vulgates religieuses, plus compréhensive, d'autant plus totalitaire que toute réticence, toute déviation, toute désertion seraient mises sur le compte de la… résistance ? La postulation de celle-ci chez le patient ouvre la voie à toutes les aberrations dans le traitement psychanalytique. Quiconque ne se plie pas, n'avoue pas ses désirs intimes, ne livre pas son inconscient, résiste à la sollicitude, sinon à la logique, thérapeutique. Dans cette doctrine de la libération, réaction aux doctrines religieuses de la mortification, la résistance empêcherait l'accès au paradis, comme l'hérésie, dans les religions plus traditionnelles, pavait la voie à l'enfer. Le traitement psychanalytique pratique la plus prévenante et pernicieuse des inquisitions et promet le plus béat des saluts. Une douce et silencieuse violence serait décelable dans l'écoute indéterminée et indéfinie, étalée sur plusieurs années, de l’analyste thérapeute.

Ce serait une sourde vulgate se parant des atours de la science, réticente à se soumettre à ses tests. Freud ne recule pas du reste devant des termes comme « noviciat », « dissident », etc. (Voir S. Freud, « Contribution à l'histoire du mouvement psychanalytique », dans « Cinq Leçons sur la psychanalyse », Petite Bibliothèque Payot, p. 129 et suiv). Le plus sidérant reste cette fondation – somme toute gratuite – d'une psychologie sur un vulgaire mythe, en l'occurrence le mythe d'Œdipe, la création psychanalytique se présentant comme une intense et interminable variation sur ce thème. La vanité de la psychanalyse s'atteste du reste dans sa troublante stérilité pédagogique – elle ne servirait à rien. Le traitement des contes pour enfants par Bettelheim illustre le terrible gâchis de matière grise causé par cette para-science. Les psychanalystes passeront à la postérité comme les sorciers du XXe siècle les plus intellectuellement crédules et recherchés. Freud croyait libérer l’homme, peut-être aussi tuer Dieu le Père ; il n’aurait réussi qu’à abattre la malheureuse cigogne pourvoyeuse de rêves et d’enfants.

On ne s’adresse pas à un psychanalyste si on ne croit pas en lui ; on ne croit pas en lui si on ne croit pas en sa science ; on ne cr pas en sa science si on n’adhère pas à elle. Surtout on n’en guérit pas si on n'est pas acquis à ses procédés. On s’inscrit dans l’action principale de l’humanité et de l’individualité que ses thèses déploient ; on débrouille son malaise en se conformant à ses instructions ; et sitôt qu’on reconstitue, sur le patron de son modèle analytique, son propre récit, on est guéri sinon sauvé. La conversion à la psychanalyse est requise pour espérer être guéri par elle. Parce qu’elle se veut thérapeutique, la psychanalyse prend les traits d’une religion, à laquelle elle emprunte du reste les mécanismes de remédiation sinon de salut.

Plus judaïquement, c'est parce que Dieu a été exclu des relations sexuelles – que la Présence divine, pour reprendre les textes rabbiniques, n'est plus présente au moment de l'accouplement – qu'elles se sont bestialisées, perverties et paradoxalement chargées de péché pour se livrer à la licence ou coincer. Freud se serait contenté, pour être plus indulgent à son égard, de diagnostiquer les troubles que provoquait la mise à l’écart de Dieu. Sans proposer d'autre remède que le silence imperturbable de l'analyste réduit à l'impuissance par la mort de Dieu et qui se révèle médicamenteuse à mesure qu’elle s’allonge et permet au temps d’exercer son travail.