ALBUM DU MONDE : UN REMONTEUR DU TEMPS

27 May 2021 ALBUM DU MONDE : UN REMONTEUR DU TEMPS
Posted by Author Ami Bouganim

C’était tout un art. Une minuscule pince à la main, une loupe calée dans l’œil. L’air entendu, sûr de lui, plus malin que les minuscules roues s’enchaînant les unes aux autres. Il cherchait pourquoi la montre s’était arrêtée, pourquoi elle ne donnait plus l’heure, pourquoi elle tardait. C’était alors toute une perception du temps, plus instantané que virtuel. Il s’accordait à l’homme, à ses besoins, à ses rites, voire à ses désirs et à leur retour. Le temps était partout visible. Sur les places, sur les murs, dans les bureaux. On ne se réveillait pas vieux, on ne courait pas à sa mort, on traînait dans le monde. On prenait soin de réparer une montre, on ne la remplaçait pas.

Sur l’établi de notre horloger, une autre montre, plus massive, nous tourne le dos. On la remontait en tournant un bouton toutes les vingt-quatre heures, souvent avant de s’endormir. On fixait par la même occasion l’heure du réveil et quand la sonnerie retentissait, on renouait avec la réalité, s’interrogeait sur le sens du rêve et s’acquittait de ses ablutions. Depuis tout a disparu. Le mellah. L’échoppe. Le métier. Le temps surtout. Les montres digitales, accordées à l’univers virtuel où le temps n’a plus de sens, ne tombent plus en panne. Maintenant qu’on calcule en milliards d’années-lumière les vécus dériveraient dans l’infinité de l’univers des savants.

Je me demande souvent comment ces derniers se permettent de maltraiter le temps de la sorte ? Que leur prend-il de parler de milliardièmes de seconde ? qui croient-ils leurrer ? Que ne laissent-ils pas le temps de côté et ne se donnent-ils pas un autre paramètre ? Cela les rendrait un peu plus compréhensibles. Si ce n’est aux astrophysiciens qui déraillent dans tous les sens alors aux pauvres sectateurs de Dieu comme moi qui ne s’interrogent pas plus sur ses attributs que sur la gravitation dans l’espace-temps. Auraient-ils donné un autre nom à ce qu’ils désignent comme « temps » que cela nous aurait épargné ces troubles philosophiques qu’ils s’entêtent à imprimer au langage commun des hommes au risque de les perdre. Que ne se donnent-ils pas un langage à l’instar des kabbalistes qui ont forgé le leur pour parler de l’Ein Sof. Je ne suis pas einsteinien, je suis biblique et pour tout dire, la Bible m’est d’un plus grand intérêt qu’Einstein et Higgins.

Les horlogers sont des conservateurs du temps contre les manigances des savants qui n’ont de cesse de le diluer dans leurs équations : si ceux-ci dissolvent un temps équationnel, ceux-là réglaient un temps humain.