The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
ANGLE DE VUE : THE BIG LEBOWSKY, J. & E. COEN (1998)

C’est l’histoire de trois personnages dégingandés dont on ne sait de quoi ils vivent et pour quoi ils vivent. Le premier – Lebowsky surnommé The Dude ou Le Duc (interprété par Jeff Bridges) – est un artiste de la non-violence et un grand partisan de son tapis persan sur lequel un voyou chinois, venu récupérer on ne sait quelle dette, s’est permis de pisser. Il est constamment en bermuda et porte des lunettes noires même la nuit. Le deuxième est un vétéran du Vietnam, grande masse humaine, qui n’arrête pas de hurler et de compliquer des problèmes qu’il croit régler de ses hurlements. Walter (interprété par John Goodman) a dû se convertir au judaïsme pour se marier. Il a peut-être divorcé de sa femme, dont il continue de garder le chiot, il n’a pas divorcé pour autant de son judaïsme qui se réduit – et encore – au respect du shabbat au cours duquel il est censé ne pas répondre au téléphone, ne pas conduire et… s’abstenir de jouer au bowling auquel les trois « sans-emplois » consacrent le meilleur de leur temps, entre deux bains, deux joints et deux verres. Le troisième n’a pas de caractère au sens théâtral du terme, il n’ouvre pas la bouche sans être rabroué par le vétéran et dans la parodie de bagarre qui conclut le film, il succombe à une crise cardiaque comme s’il ne pouvait mourir, comme il se doit au cinéma, d’une balle perdue ou d’un coup de couteau. Des clochards d’un nouveau genre dans une Amérique qui ne s’est pas remise du Vietnam qu’elle s’engage dans une guerre dans le Golfe.
Dude découvre que les deux voyous qui ont souillé son tapis l’ont pris pour un homonyme. Il décide d’aller lui demander un dédommagement et tombe sur un Californien pur-sang, vieilli et vantard, vétéran de la guerre de Corée, paraplégique à l’aise sur une chaise roulante, se rengorgeant de sa richesse et de sa Fondation philanthropique, marié à une jeune actrice de porno endettée qui doit on ne sait combien de millions à un producteur. Bien sûr Dude est éconduit et il prend son parti de prélever un tapis dans le riche mobilier de son homonyme. Bientôt, la pimpante épouse de ce dernier disparaît et c’est Dude qui est choisi, probablement pour son inénarrable crédulité, pour remettre la rançon que réclameraient ses ravisseurs. Le vétéran le convainc de conserver la rançon sous prétexte que « la pute s’est kidnappée ». Dude perd sa voiture avec la rançon, se lance avec son acolyte à sa recherche et tombe sur la fille du Californien qui se pose en artiste de l’on ne sait quoi et le charge de récupérer la rançon volée à la Fondation dont son père détourne les fonds de charité pour satisfaire ses besoins véniels.
C’est l’Amérique qui rutile sous un cocktail de musiques plus détonant que le russe blanc remis au goût du jour par Dude. Un univers où l’on fait d’un rien un art et d’un art un rien, passe de la production à l’édition ou le contraire, vit de nul ne sait quoi et couche avec l’homme de son choix pour avoir un enfant sans s’encombrer d’un géniteur, ni comme mari ni comme serviteur. Les scènes cocasses ne manquent pas et l’on s’en régale tant les frères Coen réussissent à faire du comique cinématographique qui ne soit pas théâtral (les rêves psychédéliques de Dute sont déplacés, du remplissage pour assurer la transition entre les séquences davantage que du divertissement, sans intérêt cinématographique pour ne point parler de poétique onirique). C’est une parodie du film noir, où le scénario ne cesse de se compliquer, avec une série de « tenants et aboutissants » que les frères Coen ne débrouillent que pour mieux embrouiller l’action, comme s’ils s’amusaient à improviser plutôt que de coller à un scénario. C’est l’univers de Los Angeles où l’on rencontre des artistes plus dégénérescents que décadents : « C’est qui celui-là ?! » Des personnages plus caricaturaux et drôles les uns que les autres, y compris le narrateur-réalisateur en chapeau de cow-boy qui apparait dans son film à deux ou trois reprises, n’arrête pas d’inciter Dude à continuer de « se la couler douce ». Il a encore cette consolation hautement stoïcienne : « Quelquefois c’est toi qui cogne le bar, d’autres fois c’est le bar qui te cogne. » Sous prétexte « que la comédie humaine se perpétue de génération en génération » il conclut son film : « C’était quand même une belle histoire. »
Le vétéran prononce une oraison avant de répandre les cendres de Donny, le troisième larron, « qui aimait le bowling », du haut d’une falaise. Le vent rabat les cendres sur Dute qui se tient derrière Walter – et sur le spectateur dans la salle. Les deux survivants de cette comédie tombent dans les bras l’un de l’autre et retournent jouer au bowling, ce jeu pour artistes de la lenteur passablement attardés qui consiste à lâcher un boulet contre de malheureuses quilles dont on se demande ce qu’elles pensent des humains qui se concentrent tant pour les descendre…
Ca, c’est du cinéma. Mais ce n’est, de vous à moi, que du cinéma…

