The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
ANGLE DE VUE : CLAUDE CHABROL, MADAME BOVARY (1991)

On est toujours curieux de l’adaptation cinématographique d’une grande œuvre littéraire. Quels passages retiendra-t-on, quels décors se donnera-t-on, pour quelles couleurs optera-t-on ? Quelle distribution aussi ? Quelle interprétation ? Cette réalisation n’est pas un commentaire du récit de Flaubert, c’en est un abrégé cinématographique, un documentaire sur l’œuvre littéraire. On est censé avoir lu l’ouvrage et qui ne l’a pas lu doit s’accrocher pendant la première partie pour s’attacher au sort de cette femme plus mûre dans le film que dans le livre, plus rousse, plus volage, qui s’amourache de l’amour au point d’exulter : « J’ai un amant. »
C’est bel et bien l’univers de Flaubert, ce n’en est pas pour autant la narration, c’est à la fois trop près de la lettre comme dans les dialogues et trop loin comme dans les enchaînements. Chabrol recourt à une voix off pour assurer les liaisons et les raccourcis. Certains passages sont trop longs, comme le bal où Emma découvre le monde, d’autres trop courts, comme la nuit de noces où l’on aurait aimé que Chabrol s’attarde par… curiosité cinématographique. Les personnages sont par trop caricaturés, que ce soit Emma, le marchand qui tourne autour d’elle ou son mari, un brave médecin de campagne se doublant d’un benêt. Certaines scènes sont brusquées comme lorsqu’Emma jette son bouquet de mariage au feu pour marquer qu’elle entame une nouvelle vie ou comme lorsque Chabrol lui fait lire la lettre de rupture que son amant lui envoie alors qu’elle monte l’escalier intérieur et qu’elle filme son ombre sur le mur. Ça ne tourne pas au cinéma, mais reste théâtral, au-dessus ou en deçà du cinéma. Seul Jean Yann, dans le rôle du pharmacien, permet à Chabrol des excursions dans « Bouvard et Pécuchet », livre inachevé de Flaubert, dont les personnages imprègnent sa réalisation.
Chabrol met dans ses décors la minutie que Flaubert mettait à décrire les siens, comme avec le mendiant sur ses béquilles tendant la main à la sortie de l’église. Il a encore l’heureuse délicatesse de laisser l’enfant à table libre de son jeu. Il commet néanmoins la maladresse d’arracher la caméra longtemps fixée sur Emma pour dévoiler les plans de l’amant qui l’arrachera à sa condition d’épouse et de mère. C’est une maladresse d’auteur, qu’il soit écrivain ou cinéaste. On ne colle pas assidûment au personnage principal pour se risquer du côté d’un personnage intermédiaire afin d’assurer sa narration. Mais c’est la dernière demi-heure qui hisse Chabrol-cinéaste au-dessus de Flaubert-écrivain. Emma se tord des douleurs, qui ont réclamé des prouesses de maquillage, provoquées par l’absorption de l’arsenic et elle reçoit les derniers sacrements de la caméra davantage que du curé. C’est Chabrol qui la rachète après que Flaubert l’ait accablée à sa manière. Il lui donne un dénouement cinématographique alors que l’écrivain s’était contenté d’un dénouement… littéraire. Le choix d’Isabelle Huppert pour incarner l’héroïne détermine tant cette production qu’Emma conservera ses traits pour longtemps. C’est dire à quel point elle maîtrise son rôle et donne à l’adaptation de l’œuvre littéraire son cachet cinématographique.

