The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
ANGLE DE VUE : MILOS FORMAN, AMADEUS (1984)

C’est quoi ce film ? Ce n’est ni Venise ni Prague. Ce n’est sûrement pas Vienne. Ce n’est ni Mozart ni Salieri. C’est Milos Forman qui s’amuse à réaliser une comédie sur la musique d’un certain Mozart parrainé ou entravé par Salieri, compositeur à la cour d’opérette de Vienne régi par un empereur mélomane empesé qui donne le ton et le goût. Un petit clown de génie dans une Commedia dell’arte sans masques qui ne prendrait la peine de se mettre au diapason viennois que pour privilégier l’allemand sur l’italien. Il est des productions cinématographiques qui font le cinéma et d’autres qui s’inscrivent dans le cinéma comme il est des livres qui font la littérature et d’autres qui s’inscrivent dans la littérature. Les grands cinéastes comme Forman sont de grands lecteurs, de grands mélomanes et accessoirement des cinéastes. Ils n’en montrent pas moins de l’entrain dans la création cinématographique à laquelle ils ne sacrifient pas le souci de l’accessoire en l’occurrence de ne recourir qu’à des chandeliers et des bougies pour tout éclairage dans les scènes musicales.
C’est par conséquent Mozart qui depuis l’Amadeus de Forman correspond au portrait que ce dernier donne de lui. Un enfant attardé en lequel s’attarde le génie. Il n’est pas sérieux, ne saurait l’être, puisque s’il s’arrêtait de s’amuser il arrêterait de marier les notes. C’est un enfant terrible qui ne sait pas vraiment ce qu’il compose parce qu’il se contente de composer. Dans sa tête, sur une table de billard, dans de glauques tavernes où les musiques se croisent, les alcools se mêlent, les ballets s’enchaînent, les couleurs se marient et divorcent. Un nabot plus grivois que sage, obscène que sublime, au rire déluré qui restera, après Forman, sa marque. On sort étourdi de ce film par les concerts, les symphonies et les opéras de Mozart, tout juste bon pour la fosse commune où il échoua dans un sinistre bois des proches parages de Vienne.
Le scénario est celui d’un homme de théâtre s’inspirant d’une pièce de Pouchkine. Salieri se confie à un curé dans l’asile moyenâgeux où il échoua pour s’être accusé de la mort de Mozart qu’il exténua à la composition de son requiem dicté sur son lit de mort. Les biographes de Mozart et de Salieri trouveront sûrement à redire sur leurs biographies respectives et sur leur collaboration, mais les recherches ne sauraient peser sur les libertés d’un artiste-cinéaste. Forman avait besoin d’une rivalité entre Salieri et Mozart. Le premier souhaitait devenir « la voix de Dieu ». Il découvre vite que Mozart l’emporte sur lui. Il est partagé entre admiration et jalousie. Il l’encourage publiquement, il l’entrave intérieurement. Il abuse de l’innocence de Mozart, il ne manque aucun de ses opéras. Il se substitue au père pour lui commander son requiem. Cette substitution, toute viennoise, reste une trouvaille indigne d’un cinéaste tchèque qui ne saurait tenir Freud en grande estime, surtout qu’on n’a pas la réaction de Mozart face à ce retour du père costumé contre son gré. Il n’esquisse pas d’enquête sur ce commandeur qui a pris le masque du père mort, il laisse sournoisement le spectateur se piquer d’interprétation psychanalytique. Forman sinon Mozart.
Le cinéma réclame, il est vrai, du cinéma. Sinon c’est du divertissement ou du documentaire. Amadeus est une réalisation où les arts convergent. La musique bien sûr, qui précède et mène la caméra sans que celle-ci soit intimidée par celle-là, rivalisant l’une avec l’autre. On ne voit aucune raison de commander une musique alors qu’on dispose de la meilleure au monde. Une chorégraphie digne des meilleures scènes de Vienne, Prague et Paris. Un jeu burlesque et fantasque. Dès le commencement, on est de plain-pied auprès de Mozart et de son univers. Ca virevolte, ça neige, ça meurt. Une caméra audacieuse, tellement précipitée qu’on ne s’ennuie pas un moment, même quand on assiste à un opéra et qu’on n’a pas la fibre musicale requise pour s’en délasser. Forman se révèle un virtuose des transitions, entre les scènes, les plans, les accompagnements, les personnages. C’est une manière de comédie musicale autour de Mozart avec l’empereur dans le rôle de critique. Une belle sélection des extraits de son œuvre : L'Enlèvement au sérail, La Flûte enchantée, Les Noces de Figaro, Don Giovanni.
On n’a pas découvert le sésame qui permet à des morveux plutôt délurés sinon débiles de se révéler des compositeurs de génie. On n’est pas près de le découvrir. Même après ce film. Surtout après lui.

