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ANGLE DE VUE : TERENCE MALICK, LES MOISSONS DU CIEL (1978)
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12 Dec 2019 ANGLE DE VUE : TERENCE MALICK, LES MOISSONS DU CIEL (1978)
Posted by Author Ami Bouganim

Une variation peut-être sur le récit d’Abraham présentant sa Sarah comme sa sœur, l’exposant au désir du Pharaon d’Egypte. Bill, son amie Abby, qu’il présente à son tour comme sa sœur, et sa véritable petite sœur Linda se louent comme travailleurs saisonniers au Texas. Le fermier, jeune et élégant, atteint d’on ne sait quel mal, s’éprend d’Abby et lui propose de l’épouser. Convaincu de l’imminence de sa mort, Bill la pousse à donner son consentement pour échapper à la misère. Abby se prend au jeu et tombe passablement amoureuse du fermier. Bill part, revient, attise les soupçons du mari, toujours vivant, qui cherche à l’abattre. En définitive, par un mauvais concours scénographique, tous deux meurent et tant Abby que Linda se volatilisent dans l’après-film avec une irresponsabilité scénariste qui discrédite le réalisateur. C’était sous le président Wilson, à la veille de l’entrée en guerre des Etats-Unis alors qu’on ne disposait pas encore de lumière dans les intérieurs et qu’on se contentait de celle du jour comme éclairage.
C’est le train dans le no man’s land de l’humanité américaine, le convoi des travailleurs saisonniers, rudoyés par un contremaître aux traits de bagnard et à la voix de geôlier. Des camions, des chariots, des carrosses, des diligences, au lendemain du western et à la veille du retour en Europe. C’est un film si poétique qu’on s’en lasse comme à l’écoute de poèmes pour ceux qui ne les aiment que lus avec des pauses entre eux pour mieux les savourer. Des visages intéressants s’attachent la caméra, dans une ambiance de country pour pauvres, entre des oies et des chevaux sauvages, des extraits du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns et tout au loin une bâtisse en carton. On a l’impression que quoique magnifique, la caméra est actionnée par des chevaux de trait qui rehaussent des scènes pastorales destinées au musée poétique du National Film Preservation. C’est elle qui moissonne, réunit et ramasse les gerbes, bat le blé pour l’on ne sait quelle épopée. C’est un film gospel sans gospel qui marie la nature et l’humain. Un film d’art monté par un photographe davantage que par un cinéaste.
La Bible ne s’est pas émue du stratagème d’Abraham, le cinéma ne le devrait pas de cette production. Si ce n’est que tout le stratagème dans la Bible prend quelques lignes et que dans ce film, il s’allonge – malgré les très belles et larges images tournées aux abords des heures bleues – à l’ennui pour qui ne se résout pas à y voir un film de nature tourné dans l’Alberta au… Canada autrement plus luxuriant que le Texas. La période des moissons est suivie par celle des neiges, relayée par celle des moissons qui, cette fois, sont dévastées par des sauterelles dont seul l’incendie, s’étendant aux esprits, aura raison. Rien ne distrait vraiment de l’ennui, pas même l’intrusion en aéroplane d’un trio de cabotins dont les clowneries ne présentent pas même l’intérêt de divertir le spectateur.
Rien ne ruine autant une production cinématographique que la ténuité d’un scénario – on ne sait quelle digression de Tolstoï mise au goût du Texas et primée par Cannes en 1979 – dont on devine tant le dénouement qu’on n’en veut plus. On n’est pas impressionné par le jeu de Richard Gere et de Brooke Adams et n’auraient-ils pas été repêchés par leur physique, ils auraient probablement échoué dans les oubliettes du cinéma raté. Le seul mérite du film, outre ses images, est d’être raconté par la petite Linda dont la narration, d’une belle simplicité, évoque Verda. Elle confectionne des fleurs en papier, aide aux moissons, exécute des galipettes et ne cesse de rouler et de fumer des cigarettes de paille. Elle dit de l’une des travailleuses : « Ca ne l’intéressait plus d’être heureuse. »

