The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
ANGLE DE VUE : YVES ROBERT, ALEXANDRE LE BIENHEUREUX (1968)

C’est un petit morceau d’anthologie qui conservera Philippe Noiret dans son meilleur rôle, taillé à sa mesure, que plus personne ne pourra interpréter, comme conçu pour lui. Le genre de film qui immortalise un acteur principal davantage que le reste de sa filmographie. Yves Robert n’a pas dû rencontrer du mal pour réaliser ce film si ce n’est pour diriger le chien qui remplit le second rôle à côté de Noiret. On le sent amusé et l’on s’en amuse, à l’exception de la scène, par trop balourde, où Pierre Richard s’apprête à prendre d’assaut la maison où Alexandre prend son deuil avec son plaisir, ne quittant plus son lit pour se reposer des dix ans d’esclavage auquel l’a soumis sa femme, morte, pour son grand bonheur, dans un accident de voiture avec ses parents.
Alexandre est le plus gros propriétaire terrien du village. C’est un grand dégingandé, bonne bouille bonne voix, qui ne contrarie pas sa femme. Il serait le plus heureux des hommes si celle-ci ne le faisait trimer de jour et de nuit, au point pour lui de s’endormir sur une échelle, un sac sur l’épaule. Elle le talonne partout pour le rappeler à ses tâches détaillées sur un tableau noir. Un homme de somme, qui plante jusqu’à 847 piquets par jour, raillé par ses amis qui le considèrent comme « une couille morte ». Sa vie est une corvée des corvées, y compris celle de… coucher avec sa femme. Il ne peut même adopter un chien : « C’est lui ou moi. » Il se retrouve stoïquement avec lui sous les combles et quand il ne dort pas avec lui, il l’entretient sur sa vision du bonheur : « Il faut prendre le temps de prendre son temps. » Comme c’est un ornithologue émérite, il trouve son seul loisir à imiter les oiseaux.
Sitôt débarrassé de sa femme, Alexandre se déshabille, efface le tableau sur lequel il trouvait son programme quotidien des tâches, le couvre de sa nouvelle maxime : « dormir », et il pique un somme de trois jours. Il ne se réveille que pour mettre en place une installation lui permettant de se nourrir et de jouer du saxophone sans quitter son lit. C’est le chien qui est chargé des courses au village dont les réactions mettent leurs délicieux accents au cinéma français. On se ligue pour le sortir de son lit, mobilise une fanfare, retient le chien prisonnier. Il ne sort de son lit que pour illustrer la bonne et poétique vie qu’il préconise, péchant le matin, jouant au billard l’après-midi, se proposant en rôle-modèle aux hommes du village. Mais la nouvelle vendeuse, interprétée Marlène Jobert, venue de Bordeaux, menace de le remettre aux chaînes domestiques.
C’est un scénario qui se prête tant à la caméra qu’on l’oublie et c’est poétiquement que Robert procède à son tournage qu’il relève de belles envolées d’oiseaux. C’est l’apologie de la vie et de la paresse contre le labeur, un réquisitoire contre le mariage et ses servitudes, un éloge du sommeil, l’idéal des vacances pour la vie. Plutôt mener sa vie avec un chien que mener une vie de chien avec une « grande » femme patronne…

