BILLET D’AILLEURS : BOJO L’EPOUVANTAIL

25 Sep 2019 BILLET D’AILLEURS : BOJO L’EPOUVANTAIL
Posted by Author Ami Bouganim

L’Europe existe et avec le Brexit – elle est partie pour durer. La preuve, elle se tord et pas de douleur. Elle se marre, elle ricane, elle rit sous cape. Dans les chancelleries, dans les palais présidentiels, dans les inextricables coulisses de l’Union européenne. Elle rit aux dépens de la nation qui n’arrête pas depuis des siècles de se prendre pour la patrie du mot d’esprit, de l’humour caustique et bien sûr du psychodrame shakespearien. On pastiche son Hamlet : « Sortir ou ne pas sortir – that’s the question ? » On a assisté à la démission brexitaire de Theresa May, on est en train d’assister au démènement brexitaire de Johnson : « Ah ! vous vouliez sortir de l’Europe ? Please, faites donc. Qu’attendez-vous ? Ah ! ne comptez surtout pas sur nous pour vous mettre à la porte. »

L’Angleterre, tant sourcilleuse sur le protocole, s’est donnée comme Premier ministre un brave et délicieux clown qui risque de perdre son maquillage et son sourire avec le soutien de la Cour suprême et du Parlement. Reconverti dans la politique, Hamlet mise sa Grande-Bretagne sur son « no deal ». Le monde avait Netanyahou le Tourne-Vent, Duterte le Liquidateur, Poutine de Raspoutine, Jingping le Panda, Bolsonaro le Bambiste… voilà Bojo le Clown dont le rire ressemble de plus en plus à ses cheveux. Sans parler de Trump l’Eléphant qui n’arrête pas de foutre sa canne de golf dans la termitière politique américaine et dans la salonerie diplomatique mondial. On peut les aimer ou les abhorrer, ils n’en sont pas moins en train de bousculer les paradigmes dans les départements de science politique, de communication, de diplomatie dans les universités les plus prestigieuses.

On croyait que le Brexit fragiliserait l’Europe, il est en train de la consolider – nul ne se dépêchera d’imiter Albion à laquelle on avait laissé sa monnaie pour mieux composer avec ses langueurs insulaires. Or elle est en train de donner une leçon de no-Brexit à tous ceux qui menaceraient de sortir de la solide toile arachnéenne de Bruxelles. La malheureuse ne peut retourner à l’Europe – elle soulèverait les campagnes de Galles ; elle ne peut la quitter – elle perdrait les kits et les cornemuses de l’Ecosse et réveillerait ses démons irlandais. Elle a peut-être connu le Blitz, elle n’est pas prête pour autant pour le Brexit. L’Europe ne pouvait s’offrir meilleur épouvantail pour dissuader toute réplique. C’était un cauchemar, c’est devenu une distraction. La plus prisée en Europe. C’en est à reprendre le cri du roi Lear : « Procurez-moi des chirurgiens, je suis blessé à la cervelle. »

Vu d’ailleurs, de loin, je l’avoue, c’est plutôt cocasse…