The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
BILLET D’AILLEURS : LA LEGENDE DE THUNBERG
Dans « Les habits neufs de l'empereur », on avait la légende de l’enfant qui dénonce la nudité d’un empereur entiché de vêtements. Depuis, on ne voit pas un monarque sans le soupçonner d’être nu : « Mais il n'a pas d'habit du tout ! » Souvent, son lourd attirait de décorations et sa lourde artillerie de mots ne voilent qu’une vaine éloquence. On avait également la légende de Hans Brinker, le petit héros de Haarlem, qui prend sur lui de boucher de son doigt un trou dans la digue retenant les eaux qui, sans elle, menaceraient d’inonder le pays : « Ce trou insignifiant, l’eau ne tarderait pas à l’agrandir, et ce serait le drame. » Désormais, nous avons l’histoire de Greta Thunberg, sa détermination, son acharnement et ses prophéties, son dégoût des politiciens et de leurs bonimenteurs qui se recruteraient désormais au sein des intellectuels de cour, plus prompts à dénoncer la puérilité d’une adolescente qui croit en ce qu’elle dit que les nouvelles « pestes » contre lesquelles elle met en garde.
Je ne peux que constater que Thunberg réussit à entraîner des millions de jeunes et ce serait pour le moins irresponsable de railler ses appels à assumer « la responsabilité pour la terre » que Hannah Arendt plaçait au cœur de son éthique. Je ne sais pas ce qu’il restera de son personnage et de sa croisade. Mais rien n’est plus accablant que l’acharnement contre elle et contre le sérieux avec lequel elle déclare les politiciens nus sur la question du climat et tente de les déboulonner de leurs impostures (y compris des poids lourds de l’engeance de Trump !). Sans avoir lu son livre, écrit avec la collaboration de ses parents, je sais qu’il ne saurait être ni plus ni moins intéressant que 95% des livres des vedettes de la chanson, du cinéma, des médias, écrits avec la collaboration de « conseillers éditoriaux ». Si elle est le produit d’une orchestration – politique et publicitaire – c’est une réussite magistrale dans un univers où l’on est d’autant plus important symboliquement que l’on accède au rang d’une icône. Sur ce point, je ne vois pas de différence entre la jeune Greta – qui lutte pour une noble cause – et les épouvantails de tout et de rien qui se cabotinent sur les plateaux télévisés pour vendre leurs livres ou les footballeurs qui vendent leurs chaussures – quel que soit son degré de maturité, d’autisme et d’autonomie. Sans être aussi schématique et apocalyptique qu’elle le laisse penser, le combat écologique s’impose bel et bien comme le premier combat mondialiste susceptible de changer les mentalités, les habitudes de consommation, les politiques économiques… et l’irresponsable dévastation de la planète dans le sillage du culte d’une croissance continue et d’une surenchère consommatrice pour une population sans cesse croissante.
Les railleurs et détracteurs de la jeune Thunberg seraient autant de rois nus. Andersen dit du sien : « Il ne se souciait ni du peuple, ni de ses soldats, ni de théâtre, ni de musique ni de promenades dans les bois, si ce n'était pour faire montre de ses vêtements neufs. Il possédait un costume pour chaque heure de chaque jour de la semaine et tandis qu'on dit habituellement d'un roi qu'il est au conseil, on disait toujours de lui : L'empereur est dans sa garde-robe ! » Les intellectuels médiatiques ne se soucient ni de l’humanité ni de ses miséreux, ni des arts ni des sciences, si ce n’est pour parader sur les tableaux télévisés et abattre de leurs pointes acérées de jeunes et nouveaux militants qui ne présentent pas leur panache face aux caméras. Certains se doubleraient du reste d’escrocs débitant des livres qui présentent l’insigne mérite d’être illisibles et inaccessibles à ceux qui ne se laissent plus impressionner par de vaines et remuantes éruditions.
J’aurais néanmoins une réserve : les mouvements de (la) jeunesse ne se sont pas toujours montrés à la hauteur des attentes qu’on avait d’eux, que ce soit en Afrique du Sud, en Allemagne ou en Union soviétique. Je veux bien « écouter la voix de l’innocence » mais le message de Thunberg menaçant « de nous avoir à l’œil » me laisse perplexe. Je lui souhaite de mûrir sans céder aux mirages du vedettariat et de se montrer à la hauteur des rôles de l’enfant dans « Les habits neufs de l'empereur » et du petit Hans de Haarlem qu’elle prend tant de sérieux à remplir. On ne peut lui en vouloir de ne pas sourire, elle a ses raisons de ne pouvoir ou savoir le faire.
Sinon, vu d’ailleurs, que ce soit de près ou de loin, je l’avoue, c’est plutôt touchant…

