BILLET D’AILLEURS : LA PLAIE DES PLAIES

4 May 2020 BILLET D’AILLEURS : LA PLAIE DES PLAIES
Posted by Author Ami Bouganim

– Encore vous ?! Décidément, vous ne vous décidez pas à débarrasser le plancher ! N’avez pas causé assez de victimes, provoqué assez de débats, sécrété assez de commentaires… ridiculisé assez de dirigeants politiques et de sommités médicales ?!
– Quelle terreur, mon ami, quelle terreur ! On n’avait jamais vu ça avant moi. Tous assignés à résidence, ni sorties ni randonnées, ni théâtres ni cinémas, ni concerts ni festivals… et, plus cuisant et caricatural, pas de vacances ! Plus de vols, de croisières, d’expéditions. Jamais monstre ou dictateur n’a réussi à instaurer un tel régime de terreur. Ni l’Inquisition ni le Comité de sûreté, ni même… Dieu. Ses dix plaies en Egypte étaient une plaisanterie comparées à la mienne, elles ne réussirent à impressionner que le Pharaon et ses sorciers. Moi, j’ai réussi à instaurer le régime de terreur le plus irraisonné et le plus morbide au monde avec l’aide de pharaons trumpiens et de sorciers médicaux. Sans même avoir à accomplir ces odieux gestes dont s’acquittaient les bourreaux, que ce soit pour pendre haut et court, commander un peloton d’exécution, mettre le feu à un bûcher ou actionner une guillotine. C’était alors, reconnais-le, plus tonitruant, incendiaire, sanglant.
– Le pire c’est que vous vous en flattiez !
– Je m’attendais, je l’avoue, à plus de marques de reconnaissance. Je suis en train de dévoiler à quel point les rois sont nus.
– Pour ça, on n’avait pas besoin de vous.
– Je suis en train de bouleverser les protocoles et les pratiques de la médecine pour mieux la sortir de son auto-complaisance et l’inciter à se préparer aux nouvelles plaies qui vont s’abattre sur l’humanité à mesure qu’elle va se reproduire et instaurer – pour de misérables raisons économiques – des politiques d’encouragement de la natalité et de limitation de la longévité.
– Vous déraillez ?
– Pour le moment, c’est toi qui dérailles en me prêtant toutes sortes d’insanités.
– C’est vous qui me les inspirez !
– Je suis en train de faire le ménage que les écolos réclament depuis des décennies. Le retour des abeilles, des hirondelles, des biches – c’est moi ! La clarté des eaux dans les rivières, la paresse des réveils pour saluer le jour, les chants dans les balcons pour se séparer de lui – c’est moi ! Le goût recouvré pour la poésie – c’est moi ! Sans parler de tous les nouveaux mots que je sème sur les ondes par les chaînes de télé !
– Qu’en est-il des victimes ?!
– Les hommes sont les derniers à me donner des leçons en cette matière ! Puisque vous avez perdu vos mots, que vos intellectuels ne savent plus ce qu’ils bredouillent, et que vous vous êtes mis à parler chiffres et courbes, alors parlons chiffres et courbes. Combien de victimes des particules fines dans l’air ? Combien de victimes de l’obésité ? Combien de victimes du cancer qui est – vous allez le découvrir maintenant que vous allez revoir vos paradigmes médicaux – un mal psychosomatique ? Combien de victimes des accidents cardio-vasculaires ? Donnez donc tous les chiffres et toutes les courbes, y compris celles de votre anxiété, de votre vanité, de votre irresponsabilité… des conneries de Trump. Vous êtes d’incorrigibles saintes-nitouches. Plutôt que de vous remettre en question, vous me bombardez de tout l’arsenal à votre disposition, de la chloroquine à la tocilizumab, de l’azithromicine à la clarithromicine (si au moins vous donniez à vos boulets des noms un peu plus charmants comme vous le faites pour les tempêtes et les tsunamis). Décidément, la médecine est trop précieuse pour venir à bout d’un rien dont vous ne savez rien, ni si je suis naturel ni si je suis une construction de laboratoire. Lorsque vous vous calmerez et que vous découvrirez ce que je suis en réalité, vous entamerez la phase honteuse de l’histoire des hommes (votre prétention à distinguer dans ce cas entre naturel et artificiel me met hors de moi !). Entre-temps, vous me mettez sur le dos toutes vos maladies de Crohn, vos Kawakasi, vos Siogren, vos Hashimoto et autres thromboses et c’est moi que vous traitez de barbare ! La kabbale que vous débitez sur mon compte ne réussit à qu’à m’amener à douter de moi. Un virus ? Un microbe ? Un polluant ? Un dépollueur ? Un monstre ? Pourquoi pas un nuage, une nuée, un pollen microbiologique… un détracteur universel ? Le seul mot sur lequel vous vous entendez est encore celui d’« ennemi invisible » et la seule chose sur laquelle vous vous accordez est encore de me livrer la… guerre. Vous avez recouvré votre malheureuse manie anthropomorphique pour mieux m’exorciser – et toi plus que les autres ! Vous êtes du reste si désespérant que j’envisage sérieusement de disparaître et de vous laisser à votre sort. Ah ! vous me regretterez ! Dans dix ans sinon dans un an. Vous aurez beau vous laver les mains de vos exactions, vous masquer la face, porter des scaphandres, vous ne vous déroberez plus aux accusations portées contre vous…