The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
BILLET D’AILLEURS : LE POUVOIR PHILISTIN

Jusqu’à la crise coronaire et les protestations contre le racisme dans la police, l’Amérique se passionnait pour son président qui a révolutionné la diplomatie, brisé l’arrogance des médias, arrêté l’immigration illégale, mit un frein à l’impérialisme commercial chinois, amadoué le petit obusier de Corée, plié l’Iran et ruiné ses tractations de bazar, rétabli l’équilibre en Irak, suscité un brouillon d’accord en Afghanistan… et tout cela sans s’embourber dans une nouvelle guerre. La relance de l’activité économique avec la réouverture de je ne sais quelles mines et quels puits et le plein emploi garantissaient sa réélection. La planète était peut-être en train de traverser des perturbations écologiques, ce n’était pas pour le gêner – ce ne serait pas sous son mandat, qu’il dure quatre ou huit ans, que la terre disparaîtrait ! On dira à son débit et à son crédit qu’il est dénué de tout sens historique, trait somme toute caractéristique d’une super puissance qui n’a qu’une mince pellicule en guise de mémoire historique, et que rien ne l’intéresse plus que de se maintenir à la Maison Blanche et de continuer de tweeter au monde. Je ne lui accorde pas plus d’intérêt qu’il ne le mérite, il n’en est pas moins le représentant le plus caricatural d’un mode de gouvernance davantage dans l’air du temps que les présidences auxquelles collent des vestiges régaliens. Il ne se prend ni pour le roi Mitterrand ni pour le tsar Poutine ou le bouddha Xi Jinping, il se pose en vulgaire marchand de biens – assumant, plus ouvertement, une vision mercantiliste de la gouvernance qui remonterait à la… Nouvelle-Amsterdam.
Dans ce cas aussi, ce n’est pas Trump qui me préoccupe, ce sont les conditions qui l’ont porté au pouvoir et celles qui l’y maintiennent, malgré les révélations sur l’homme, ses mœurs et ses agissements. Les circonstances de son élection témoignent de tendances réactionnaires qui risquent d’exciter l’homme blanc, assuré de son bon droit sur Dieu, sa terre promise et ses armes, et de le conduire au bord de la guerre civile. C’est le retour de l’esprit sudiste remis au goût du jour, relevé d’un gangstérisme exacerbé par la classe politique, tant au niveau local que fédéral. Certains milieux blancs, descendants des conquérants, volontiers évangélistes, ont peur d’être débordés par l’humanité métissée, multiculturelle, trans-sexuelle qui est en train de se mettre en place. Ce serait la même peur, en dépit des différences dans les conditions socio-historiques, qui agit en France, en Italie ou en Flandres et qui booste les discours souverainistes, nationalitaires et anti-migratoires – s’accompagnant souvent de relents xénophobes sinon racistes. Si ce n’est que les Etats-Unis se sont bâtis de l’extermination des Indiens et de l’esclavage des noirs et qu’ils sont devenus, partiellement pour combler la pénurie en main d’œuvre, un pays d’immigration célébrant un melting-pot censé retenir le meilleur des civilisations, des religions, des cultures en vue de l’établissement d’une sur-nation préfigurant le monde à venir. Ce n’est peut-être qu’un mythe, il n’en est pas moins prometteur, régulateur, fédérateur, et c’est ce mythe qui est battu en brèche par Trump qui s’évertue de gommer les rares acquis du passage d’Obama, comme si toute sa législature était un duel constant contre le président qui aurait humilié l’Amérique blanche et plus personnellement son successeur.
Mais je me leurre peut-être et l’Amérique ne serait encore qu’un ramassis de descendants de conquérants, d’esclaves et d’immigrants. Une conglomération de chapelles, d’universités, de musées, de studios et de chaînes de production aussi. Cette contrée somme toute synthétique serait – peut-être – à la veille de connaître la pire banqueroute qui puisse encore la guetter : celle de l’éthos consistant à se vouloir et à se poser en sur-nation assumant la responsabilité pour l’avenir du monde. Le plus déroutant et inquiétant, c’est que Trump ne se serait pas maintenu au pouvoir s’il s’était trouvé une petite poignée de représentants républicains au Sénat pour se démarquer de l’homme. Pourtant nombre d’entre eux, trop nourris de puritanisme américain pour s’accommoder de ses dérives morales, doivent l’abhorrer autant que les démocrates. Mais ce n’est peut-être pas seulement à un changement de l’Amérique que nous assistons mais bel et bien à un bouleversement – post-démocratique ? – dans l’exercice, infantile et infantilisant, du pouvoir, que ce soit en Hongrie ou en Pologne, en Israël ou en Inde, au Brésil ou aux Philippines.
L’Amérique libérale est humiliée par la magistrature de Trump et c’est pour cela qu’elle est descendue à la rue. Il n’est pas sûr qu’elle fera le poids contre tous ceux qui vivent mal le pouvoir symbolique que Harvard, Hollywood et Sanders se sont arrogé et dont ils ont répandu les normes politiquement revisitées dans l’espace public par l’intermédiaire des médias depuis trois décennies. George Floyd n’est ni un symbole ni un martyre, c’est une victime de l’excès de violence de la part de la police. Sa mort a été la goutte d’eau qui a fait déborder le creuset des milieux libéraux. Ce n’est pas pour autant de sécurité civique qu’il est question, pour les noirs et les latinos autant que pour les blancs, que de la vision que l’on caresse pour des Etats-Unis qui menacent, dans un rebondissent de la guerre de Sécession, de craquer sous les élucubrations de cet « éléphant » philistin parvenu à la Maison Blanche.
Le pire crime de cet enfant vieilli qui n’a jamais mûri et a accédé au pouvoir alors que rien ne l’y destinait serait encore contre… le cinéma. On ne voit pas comment Hollywood donnerait une série cinématographique rivalisant avec celle qu’il produit en continu, ni comment les chaînes de télé proposeraient des TV réalité qui passionneraient plus que celle qu’il met en scène et dans laquelle il tient le rôle de… président des Etats-Unis. Ses déclarations et ses postures, souvent plus maladroites que provocatrices, le licenciement à tour de bras de ses conseillers et de ses ministres, un vocabulaire particulièrement pauvre qui trahit une tournure d’esprit pour le moins schématique achèvent de dévoiler les dessous fantasques et délétères de l’exercice du pouvoir. Rien ne vaut cette présidence chaotique, avec des retournements imprévisibles, des tweets de plus en plus croustillants… et des incitations incessantes à la haine et à la division qui ne contribuent qu’à exacerber les passions politiques.
Vu d’ailleurs, de loin, je l’avoue, on a le sentiment que Trump ne serait qu’un mauvais élève de Poutine, Erdogan et Netanyahou – et cela n’est pas sans humilier encore plus les instituts de sciences politiques dans les plus prestigieuses universités au monde, de même que dans les salons new-yorkais ou californiens où se trament, pour le meilleur et pour le pire, les sciences, les arts et les lettres de « l’homme bariolé »…

