BILLET D’AILLEURS : LE RETOUR DE ZAATOUT

23 Oct 2022 BILLET D’AILLEURS : LE RETOUR DE ZAATOUT
Posted by Author Ami Bouganim

Je ne peux retenir ma joie, il revient, il est revenu, il ne s’est laissé tenter ni par une retraite à perpétuité ni par une cure de jouvence avec sa Dulcinée. Je me serais angoissé pour rien. Bien sûr, il est de retour pour sauver la France. La vider de ses envahisseurs. Dans les banlieues et dans les villages dépeuplés où le petit Macron souhaite disperser les migrants pour cultiver les champs, traire les vaches, cueillir les fruits. Zaâtout se révèle de ce matériau dont sont faits les héros de chevalerie. On savait à quoi ressemblaient les chevaliers de l’Espagne (le très lu Don Quichotte) et de l’Angleterre (le très prometteur Bojo), on sait désormais à quoi ressemblerait leur équivalent berbéro-gaulois. Je n’en suis pas moins inquiet pour lui, sa manie de parler au conditionnel s’est accentuée : « On aurait dû… on aurait pu… on m’aurait écouté… »

Au début, je l’ai trouvé un peu déplumé pour un coq qui a besoin d’une solide crête pour compenser sa petitesse et renchérir sur ses rivaux quitte à passer tous les seuils de la décence politique (il n’est pas à un doigt d’honneur près). Egal à lui-même néanmoins, dans la précision du geste et de l’intonation, l’autoencensèrent surtout malgré ses déconvenues électorales : « J’ai eu une mère à la Romain Gary, elle disait tu vas être ci, tu vas être ça, et aujourd’hui de là-haut elle est fière de moi, et moi je suis fier qu’elle soit fière de moi. » Il ne regrette rien, il ne se rétracte de rien. Sans Poutine, il aurait remporté la présidentielle ; sans les médias, il aurait investi la Chambre. Il n’a perdu qu’aux élections des hommes, l’Histoire l’a élu et, dans tous les cas, lui donnera raison. La disparition de la France n’est-elle pas programmée et n’est-il pas destiné à lui rendre son lustre ou à l’accompagner à la casse ? Le malheureux ne se rend pas compte que bientôt personne ne voudra remplacer des énergumènes comme lui. Même au Maroc, on envisage de troquer le français contre l’anglais. C’est tellement plus hospitalier aux Etats-Unis et au Canada !

Son retour redonne ses chances à cette rubrique. Je ne passerai pas à l’histoire des lettres comme un vulgaire gribouilleur de posts sur FB, mais comme le chroniqueur invétéré du « Roman de Zaâtout ». J’espère seulement qu’il va me fournir autre chose que ses plates pleurnicheries sur l’aveuglement de la France qui ne l’a pas encore fait Jean D’Arc, Napoléon, De Gaulle ! Ni ses petits rires sournois et comblés sur les déboires sentimentaux ou maritaux des élus de la NUPES (on ne perd rien à attendre, on aura encore vent de ses barouds romantiques). Je ne renoncerai pas à un personnage aussi prometteur. Même si sa rentrée n’eut ni l’éclat d’une croisade ni le vernis d’une université et qu’il n’a réussi pour l'heure qu’à ternir le deuil de la France en s’improvisant nécrologue de la jeune Lola. J’adhère toujours à tout ce qu’il dit sur l’état de la Zemmourie. Sur le grand remplacement de ses intellectuels, passés maîtres dans l’art de la citation et de la caracolade médiatique, par des penseurs qui, pour venir d’ailleurs, promettent de sortir la pensée de son radotage. Sur le remplacement des immigrés par des saisonniers qu’on importerait des anciennes colonies pour la maçonnerie, la vaisselle, les services, le soin… la voierie publique. Sur le remplacement des prisonniers étrangers par des prisonniers de souche recrutés au sein les réfugiés fiscaux qui se sont installés en Belgique, en Suisse, en Russie. Je suis zemmourien de cœur, d’âme, d’argumentation. Je raconte tout et n’importe quoi, parce que c’est ma vérité, je fais du copier-coller historique, parce que je suis un trafiquant de l’histoire, je célèbre Pétain et De Gaulle pour ratisser large, je suis comme tout israélite qui se respecte à la fois philosémite et antisémite, incohérent, inconséquent et brouillon. Sitôt qu’on contredit mon maître, je cloue le bec à ses contradicteurs sans même chercher à les comprendre. Je n’argumente pas, je trucide. Zemmour est mon maître à penser, mon maître à cuisiner et mon maître à gouverner. C’est normal, je suis chleuh comme lui, strident comme lui et aussi laid et gesticulatoire que lui. Je suis aussi un grand débatteur. J’ai débattu toute ma vie avec moi-même. Je ne me suis arraché à mes rêves et à mes ruminations que pour me mettre à abattre tous ceux qui se mettent en travers de mon intime conviction d’avoir toujours raison : « Pourquoi avez-vous raison envers et contre tous ? – Parce que c’est comme ça. » Je n’ai rien à perdre, je suis un recalé éternel, je peux me permettre de déboulonner tous ces perroquets qui ne cessent de radoter sur la grandeur de la France alors que celle-ci est battue en brèche par la galerie des écrivains dégénérés qui nous relatent par le détail une décadence qu’ils attribuent aux cohortes des travailleurs qui les soulagent des tâches domestiques et récurent leurs vacances. C’est que la France est l’otage de la plus glorieuse de ses philosophies. Ni Bergson ni Sartre ; ni Foucault ni Derrida. Mais celle de Trigano, l’inventeur du Club Méditerranée, qui a réussi la prouesse de mettre les vacances au cœur de la nouvelle religion civile des Français. Rien n’est plus enrichissant que les vacances, rien n’est plus accablant que ce qui les menace. Elles sont au cœur de la croissance du quoi qu’il en coûte. Seul le blabla de Greta rivaliserait – sans ironie aucune – avec l’assourdissant radotage de Saint-Germain-des-Prés.

Je ne sais pas ce qui attend le personnage et ce que seront les péripéties du « Roman de Zaâtout ». Je les découvrirai avec vous. Il chevauche la compassion, la peine de mort… son nouveau néologisme de francocide qui le conduirait à la commission du dictionnaire de l'Académie française s'il s'avisait de soigner son pamphlet. Lorsqu’il n’était que sur CNEWS, on pouvait changer de chaîne. Maintenant qu’il est partout on n’échappe plus à son siège autour de l’école, à sa chasse aux immigrés, à son indécence au nom de la décence. J’attendais – et attends toujours – la trahison du côté de Marion. Elle est d’un blond lignage, elle a le teint requis, elle est bien placée pour rivaliser avec sa tante ou se réconcilier avec elle. Or la concurrence pointe pour l’heure du côté où on l’attendait le moins. De Sancho Onfray qui après avoir lacéré les textes des meilleures sommités pour produire sa pâte à papier qui exhale une mauvaise haleine, détourné le Front populaire de sa noble vocation, exercé tous les chantages contre les médias, envisage de se lancer dans les Européennes pour mener la diversion souverainiste au sein des instances européennes. Je préfère encore Zaâtout, lui au moins a les idées… fixes. Les Français s’inquiètent-ils pour leur pouvoir d’achat – servons leur le Grand Remplacement ! La guerre en Ukraine – le Grand Remplacement ! Le climat – le Grand Remplacement ! Zaâtout n’est pas dans la politique politicienne, il ne s’encombre pas des petits soucis quotidiens, des petites économies, des petites quittances. Il est dans l’arène civilisationnelle et il n’en est qu’à ses débuts ! Sans craindre le ridicule puisque c’est à sa reconquête que ce chevalier d’un seul tenant se lance. Lui au pouvoir, il rétablira l’école des colonies, le tableau noir et la craie blanche, le tablier et la blouse. Il examinera les têtes pouilleuses et rétablira l’usage de la baguette sur le bout des doigts. Il mettra en rang les écoliers de la République qui clameront en chœur : « Zaâtout, nous voilà ! » Il doit encore déprogrammer ce que son esprit zaâtoutien prévoit pour la France et vendre son prochain livre.

Je n’en suis pas moins taraudé par une question qui me poursuit jour et nuit. Comment une puissance intellectuelle comme la France, mère des sciences (elle se maintient malgré Raoult et Cie), des arts (ses sanctuaires classiques l’empêchent de glisser dans le mauvais goût du tout est de l’art) et des lettres (malgré ses régressions dans une domesticité patibulaire moixienne), peut-elle s’en remettre à un chevalier aussi borné qui débite autant de précieuses conneries d’un air aussi docte. C’est vrai, c’est ce qui fait de lui un Zaâtout dont le grand mérite est de manquer de toute distinction. Il n’en a pas moins recueilli 4 à 7 % des voix, ce qui m’amène à me demander si la France entière n’est pas menacée de zaâtoutisme. On s’est cassé la tête pour savoir comment des contrées, cultivées et éclairées, ont pu se donner des pantins gesticulatoires pour les sauver de la peste, de la vermine… des Juifs, on commence peut-être à avoir une réponse. Un phénomène somme toute connu dans la psychiatrie collective des masses débordées, désorientées, déclassées. Exit Canetti.