BILLET D’AILLEURS : LE ROMAN DE ZAATOUT

15 May 2022 BILLET D’AILLEURS : LE ROMAN DE ZAATOUT
Posted by Author Ami Bouganim

Je veux platement m’excuser auprès de Zemmour. Je n’ai cessé de l’accabler de toutes les tares. Que ne me suis-je permis sur le très brillant homme ?! Il est plus borné que la moyenne des politiciens (au point de réclamer un QI réalisé par un institut international indépendant de notation des hommes politiques). C’est un perroquet égrenant les mêmes titres et balançant les mêmes citations, un FEUJ des années 80 dénué de toute distinction judaïque, un maître dans la cuistrerie. Le vibrant patriote s’est fait doubler par une vulgaire… Le Pen et c’est contre cette dernière que je me retourne aujourd’hui (parce qu’on ne tire pas sur un zaâtout déglingué, n’est-ce pas ?). Pour son ingratitude, dénuée de toute dignité, sans une once de pitié, contre celui auquel elle doit sa réhabilitation partielle. Sans lui, elle serait restée dans la case de l’extrême droite ; sans lui, elle n’aurait pas autant racolé les classes populaires ; sans lui, elle se serait retrouvée avec son père, sa nièce et Collard en travers de son chemin ; sans lui, elle ne paraderait pas à la tête de plusieurs dizaines de députés qui vont surgir sous l’étiquette d’une droite revancharde plus présentable que Zemmour, Attal et Cie. Zemmour a si bien préparé les esprits qu’il a armé des millions de conquérants de bulletins de vote pour elle. Le malheureux ne s’est pas tant décarcassé pour la remplacer, s’aliénant ses congénères berbères et ses coreligionnaires juifs, pour s’entendre traiter de « merdeux » par plus morveux que lui !

Plus dramatique pour moi, à cause de Le Pen et seulement d’elle, je me retrouve privé du personnage principal de mon « Roman de Zaâtout » qui promettait de remporter un succès rivalisant avec celui du « Don Quichotte ». Dans le meilleur de mes fantasmes littéraires, je ne pouvais m’offrir un tel personnage, conçu par les médias, gonflé par eux, trônant sur eux ! Il piquait, je dois l’avouer, une malsaine curiosité littéraire chez moi, d’autant qu’il s’était entouré de la version lepenniste de Jeanne d’Arc (je fantasmais sur une liaison entre lui et Marion), de Sancho Onfray en plus volubile et inconséquent que le Pança, de de Villiers qui n’aurait de royal que son onctuosité. C’était, vous dis-je, un beau roman de zaâtout à l’ère des médias que je me disposais à débiter pour la postérité. Las ! mon imagination est nulle comparée à celle de l’illustre personnage. Je n’aurais jamais imaginé son manège quotidien dans le guignol de Cnews. Sa tournée à la Rubempré pour se déclarer candidat aux présidentielles, proposant son livre pour caler une France branlante. Sa liaison avec Sarah (dont je ne sais à ce jour si elle est d’Abraham, de Sabbataï Tsevi ou de Baudelaire). Ses tirades qui se retournaient immanquablement contre lui, que ce soit pour incitation à la haine raciale, pour propos outranciers frisant la provocation ou par connerie. Il a pourtant accompli un parcours médiatique exemplaire, de la punaise de Ruquier à la couverture de Match. Des coups bas, des coups sous la ceinture, des coups dans le dos. Des invectives, des injures, des parjures. Toutes les interprétations, toutes les distorsions. Il a chaussé les bottes de Napoléon et les godasses de De Gaule. Des lunettes pour atténuer son air chafouin et lui donner un air intellectuel aussi. Il s’est fait tailler des costumes sur mesure pour atténuer la voûture de son dos. Or malgré son échec, l’énergumène persiste : « On peut avoir raison trop tôt, j’ai raison, je le sais. » Une réplique magistrale, théâtrale, zaâtoutienne, digne du théâtre messianique dans laquelle il a entraîné la France pendant je ne sais combien de mois qui n’étaient pas moins truculents que ceux hydroxychloroquiniens du druide Raoult.

Les sauveurs ne se ravisent pas, ils vont au mur. Il ne lui restait que de se faire un hara-kiri cornélien aux accents raciniens : « Hélas ! Hélas ! Hélas ! » Sans Poutine, son modèle, il aurait terrassé Marine, sa bête noire. Il aurait été au deuxième tour, l’aurait remporté contre Macron, aurait sauvé la France. Sans Poutine, il aurait démantelé l’Union européenne. Sans Poutine et ses réfugiés ukrainiens, il aurait arrêté net l’émigration. Ce n’est pas lui a échoué, c’est la France qui a perdu. Il ne reconnaîtra jamais qu’il n’avait ni la stature d’un homme d’Etat ni les compétences politiques requises. Désormais, il décèlera dans chaque phénomène un signe le confortant dans ses analyses, ses pronostics, ses solutions. Il ne va plus nous épargner la rengaine : « Je l’avais dit, j’avais mis en garde ! » Tout zaâtout qu’il était, il n’a pas même su retomber sur son derrière.

Plutôt que de pleurer sur son sort – son prochain livre se vendra à un million d’exemplaires au moins et il retrouvera son perchoir médiatique, chargé par Bolloré de rechristianiser la France et la débarrasser de ses métèques – pleurez sur le mien, moi qui suis privé d’un personnage comme on n’en a pas conçu depuis Charles Martel. S’il avait été élu je l’aurais accompagné à l’Elysée pour continuer de consigner ses salades, ses frasques, ses gloussements. Imaginez ce que cela aurait été avec un zaâtout chef des armées, un zâatout introduisant la dépouille de Pétain au Panthéon, un zaâtout accueillant Trump à Brégançon, un zaâtout se rendant en Allemagne pour s’assurer du soutien des armées dans ses guerres contre les étudiants rouges, les Gilets jaunes, les Sénégalais et pour la reconquête de l’Algérie. Hélas, il ne sortira rien de lui, ni courant ni croisade, ni doctrine ni parti… ni roman de Zaâtout ! Il restera le Z. Celui de Zorro. De Poutine. De Zéro.

Mais je ne désespère pas encore et je lance un appel solennel à Le Pen pour qu’elle montre un peu de charité chrétienne, à mon égard sinon à son égard, accepte sa main tendue, même si elle n’a rien de chevaleresque, et ne lui oppose pas de candidat à Saint-Tropez à laquelle il convient tant maintenant qu’il est davantage un People qu’un Politique. Je me contenterais de ses galipettes, culbutes, roulades à la chambre des députés. J’en ai besoin pour le prochain chapitre de mon « Roman de Zaâtout ». Je ne doute que nous aurions des scènes non moins cocasses que de diriger un fusil d’assaut contre des journalistes et glorieuses que de pointer un doigt d’honneur. Je me refuse à faire mon deuil d’un personnage qui m’inspirait, m’excitait et me divertissait de… Don Quichotte qui trône sur mon imaginaire littéraire. Allez vive la République, vive la France et surtout, surtout ! vive Zemmour.