BILLET D’AILLEURS : LE VOILE DEVANT LE COQ

20 Oct 2019 BILLET D’AILLEURS : LE VOILE DEVANT LE COQ
Posted by Author Ami Bouganim

Ah le voile ! Il la rend folle, la France ! Il la sort de ses gonds ! Bien sûr c’est un signe d’affirmation identitaire, de conviction religieuse, de décence domestique, de résistance contre une assimilation à nul – ni les assimilateurs ni les assimilés – ne sait vraiment quoi. Mais cela n’explique pas le déchaînement des passions et la phobie du voile. C’est qu’il nargue le coq – il lui fait i’sh – qui n’aimerait pas plus le voile que les taureaux les torchons rouges – à moins qu’il ne soit galamment enroulé autour du cou, négligemment jeté sur les épaules ou tristement noué pour des obsèques. Pourtant, chacun a le droit de dire ce qu’il pense, de manger ce qu’il veut, de porter ce qui correspond le mieux à sa dégaine. Déciderait-on du retour des perruques que tous se mettraient à la perruque dans les ministères ; déciderait-on du port du béret que l’on assisterait à un retour du béret à Montparnasse.

L’observateur qui trouverait somme toute passionnels ces assauts contre le voile trahirait une irresponsable méconnaissance de « la nouvelle criaille » qui menace la France. Il trahirait surtout une accablante méconnaissance du bel esprit gaulois. En France, on ne s’excite vraiment, comme le notait Montesquieu, que pour des bagatelles. Dans une de ses lettres persanes, la C me semble-t-il, il laissait entendre que les choses importantes – en l’occurrence les lois – ne passionnent pas les Français autant que leurs modes et leurs cuisines : « Ils avouent de bon cœur que les autres peuples sont plus sages, pourvu qu’on convienne qu’ils sont mieux vêtus ; ils veulent bien s’assujettir aux lois d’une nation rivale, pourvu que les perruquiers français décident en législateurs sur la forme des perruques étrangères. »

Vu d’ailleurs, de loin, je l’avoue, on aurait de quoi s’inquiéter sur l’état d’esprit de la France…