The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
BILLET D’AILLEURS : REQUIEM POUR TRUMP

Il n’est pas encore parti qu’il me manque déjà ! Son clinquant, sa dégaine, sa chevelure. Ses frasques, ses entorses au protocole, ses tweets. Ses cérémonies de signature sur je ne sais quoi, entouré de son cabinet, de sa cour ou de sa smala. Je rêve d’ailleurs, pour compenser les problèmes que je rencontre à signer quoi que ce soit, d’avoir une de ses signatures sous verre, que ce soit sur un document démantelant les GAPA, interdisant les caricatures antireligieuses, libéralisant la cocaïne qui ne saurait faire plus de victimes que les mitraillettes en vente libre sur le marché américain. Il vous la traçait, sa signature, avec d’autant plus d’ostentation et d’élégance qu’il était convaincu de résilier des contrats bidons que les Etats-Unis seraient les seuls à respecter et dont ils seraient les principaux bailleurs de fonds. Je regretterai également son signe de la main, à la descente de son hélicoptère présidentiel, dont je n’ai jamais su s’il était timide, rassurant ou menaçant. Ce qui est sûr c’est qu’il n’était ni pharaonique – il ne rivalise ni avec Ramsès je ne sais quel numéro ni avec Mitterrand le Magnifique dont on ne se décide pas à démanteler la pyramide au Louvre – ni brejnévien – qui ressemblait de son vivant à sa momie. Dans quelques mois, quand il aura fini de firer tout son entourage, pour sa responsabilité dans sa non-réussite – car ce n’est pas un échec ! – il se trouvera une émission où il préparera à coup de scandales son retour. Mais ce ne sera plus la même chose, il n’aura plus la mallette à portée de son doigt.
Je n’ai pas aimé l’homme, on ne saurait produire plus caoutchouté et schématique, même dans cette contrée philistine que serait l’Amérique, j’ai aimé sa présidence. Sa barbouille, ses brouilles, sa merdouille. Le ballet de toutes ces légumes pourries, moustachues ou barbues (les femmes s’en sont mieux tirées) qui ne se relayaient à son chevet le matin que pour être virées le soir. J’ai même aimé son remède, pour le moins économique, contre le corona. Quand on n’a pas de remède, on l’annonce, on ne se rengorge pas à grand renfort de publications avec la raoultine qui n’a pas sauvé un seul malade qui devait mourir avec ou sans traitement. Son désinfectant était tout de même plus succulent et amusant que l’hydro-ne-sais-quoi, quoique potentiellement plus meurtrier. Surtout il a donné au virus un nom plus recevable que celui que lui a décerné la prestigieuse Académie française qui ne s’entend qu’à féminiser les virus. Corona – c’est le nom d’une bonne bière ! la Covid 19 – c’est pour les médias franchouillards. En revanche « le virus chinois » – c’est la vérité !
Le bilan du bonhomme est somme toute… magistral. Il a dénoncé le parasitisme militaire de l’Europe qui continue – quatre-vingts ans plus tard ! – à s’en remettre pour sa défense à l’Oncle Sam, qu’elle aime à caricaturer, et à son OTAN. Il s’est dégagé de nombre de bourbiers militaires, que ce soit en Irak ou en Afghanistan, et s’est gardé de se laisser entraîner dans de nouveaux – la Syrie ou la Lybie pour ne point parler de l’Ukraine, de la Biélorussie, de l’Arménie… du Mali. Il a coupé les crédits à tous ces organismes du blabla et du flafla – UNESCO, ONU, OMS… – sous prétexte qu’ils ne servent que de strapontins ou de maisons de retraite pour diplomates et hauts fonctionnaires incompétents et véreux. La violence raciale, ce n’était pas lui, c’était la police :
« Je n’ai jamais pensé qu’être blanc était meilleur que noir ou chocolat ou slovène. Je ne suis pas plus de droite que de gauche, souverainiste que mondialiste, conservateur que libéral. Je suis daltonien. Je ne distingue pas plus entre les couleurs qu’entre les religions. Je me suis même mis aux gestes exaltés des Evangélistes et me serais mis aux danses des Peaux-Rouges si les Démocrates ne les avaient totalement exterminés. J’incarne « l’homme bariolé » des démocraties dont Platon (excusez-moi de mentionner le nom de ce conseiller de tyran) dénonçait les glissements porno-démagogiques. Cela dit, les femmes sont des femmes, les noirs des noirs, les juifs des juifs, les homos des homos et moi Trump – je suis Trump ! Ni plus ni moins. Je ne donne pas plus de leçons sexuelles aux trans-tout-ce-que-l’on-veut que je ne tiens à en recevoir (ce n’est pas à soixante-quinze piges, vous en conviendrez, que je vais changer !). »
« Me firer alors que j’ai libéré l’Amérique de sa dépendance du pétrole arabe, russe et vénézuélien, de ses médias qui maniaient les politiciens comme s’ils étaient autant de marionnettes, de sa manie à dégainer sitôt qu’un hurluberlu, mi aliéné, mi intellectuel, s’agite pour intervenir en Lybie, que le sultan de Turquie – un guy à mon goût ! – se pose en commandeur des croyants, que le tsar de Russie – aucune crainte ! il ne partira pas de sitôt, ses prédécesseurs ont bien régné avec Alzheimer, il continuera de régner avec Parkinson – récupère je ne sais quelle presqu’île sur la mer Noire, la mer Egée ou la mer Morte. Ma firer alors que j’étais sur le point de régler le problème au Moyen Orient ?! J’ai lié Israël par deux ou trois malheureux traités commerciaux. Netanyahou a eu des promesses de contrats sur le houmous, j’ai eu des commandes d’avions de chasse. Dans un deuxième temps, j’aurais conclu un accord avec l’Iran, l’Egypte et l’Arabie saoudite et en deux ou trois tours j’aurais créé un Etat palestinien pour sauver Israël du leurre messianique qui le mène droit à son Mur. J’étais bien parti pour démanteler la Corée du Nord et la rattacher à la Corée du Sud, quitte à céder Taïwan aux Chinois. J’étais le seul à dresser des barrières douanières à l’impérialisme de ces derniers. J’ai foutu, vous le reconnaîtrez, un bon coup de pied dans la termitière des ballets multilatéralistes (Multilatéralisme, vous avez dit ? – Dites-moi donc ce que c’est et je me multilatéralise sur le champ. Je n’arrête pas d’ailleurs de multilatéraliser avec le monde entier. Je tweet tout le temps avec un chacun, dans un anglais très rudimentaire, pour que tous comprennent. – Avec la Russie ? Avec la Chine ? Avec la France ?! – Quelle France ? Ca existe toujours ?). Ah ! La crise du climat ?! Que me veulent-ils donc avec leurs incendies, leurs tsunamis et leurs ouragans ? Qu’ils arrêtent donc de se reproduire et de consommer ! Ce ne sont pas les accords de Paris, encore moins la petite Thundberg (I like her, I really like her !), pour ne point parler des visages plats des french écolos (Why do they seem so muddleheaded ?!), qui vont arrêter l’hécatombe. Bientôt il faudra quitter la terre. Ce n’est pas pour rien que j’ai repris la conquête de l’espace. L’Amérique, ce n’est plus là, c’est ailleurs. Je passerai à la postérité comme le visionnaire de l’au-delà…»
« J’ai réintroduit la vérité en politique. Mentir pour mentir, puisque la politique serait l’art de mentir, je mens effrontément et je le tweet. Je n’ai raturé tout ce qui passe pour politically correct que pour lever les nouvelles et pernicieuses censures qui pèsent sur la liberté d’expression et c’est moi qu’on accuse d’attenter aux libertés constitutionnelles ! Ce n’est tout de même pas Harvard qui va me dicter ma manière de parler, encore moins l’Académie française dont les sièges fourmillent d’histoires de cul. Ce n’est pas parce que Tom Friedman (le plus grand petit reporter du New York Times) publie son 1001e livre que je dois le lire et ce n’est pas parce que BHL (BHL ? – Ah le mari d’Arielle et le père de Justine) souhaite réaliser un documentaire sur Haïti que je dois intervenir à Haïti ?! C’est un monde de chiens. Certains aboient en chœur, d’autres en transes, d’autres encore en vidant leur arsenal d’invectives ou d’armes. Moi je me suis contenté de gazouiller, j’ai gouverné par le tweet. Bien sûr, je n’ai pas toujours mis la forme et la manière. Vous avez vu tout de même comment j’ai démaquillé Lady Gaga, vous avez entendu ses chialeries ?! Est-ce ma faute si l’on n’a pas l’esprit assez caustique pour comprendre mon humour ? Plutôt que les Etats-Unis, j’ai ruiné Hollywood. Toutes catégories confondues. De la politique-fiction à la comédie… »
La principale contribution de Trump dans la tenue du débat public réside sans conteste dans sa généralisation des fake news ! Il a tant popularisé cette expression qu’elle est passée – telle quelle – à toutes les langues. Ce n’est pas Descartes qui se permettait, le somnambule, de douter de la réalité ; ce n’était que Trump qui fakait toute la réalité. Ce faisant, il révélait le vrai visage de l’Amérique, pugnace, bornée, pataude, et c’est, n’en déplaise aux médias classiques qui présument de leur QI publicitaire pour se poser en porte-paroles de la connerie médiatique, une Amérique plus… profonde. On regrette presque qu’il n’ait pas démantelé CNN et CBS et lancé un journal gratuit pour ruiner le New York Times et le Washington Post. Dans ce domaine, il lui restait encore beaucoup à apprendre de son mentor, le Premier ministre israélien qui a lancé, avec les deniers d’un magnat des casinos, un torchon gratuit qui menace de ruiner la presse israélienne. Allez ! plutôt la médiocratie – plus démocratique car mieux partagée – que la médiacratie qui réserve ses impostures, ses honneurs et ses cachets à une poignée de bavards sur les ondes et les antennes !
Sans Trump, je vous le répète, je vais tant m’ennuyer que je risque de replonger dans la dépression et de… contracter le corona. C’était toute la politique mondiale qui était devenue de la TV réalité. La meilleure, la plus imprévisible, la mieux suivie. On devrait lui en être reconnaissant. Jamais, on ne produira émission plus soutenue, avec autant de rebondissements, et pas une goutte de sang versée, à l’exception de la liquidation en live de deux ou trois salauds que tout le monde a applaudie devant ses écrans. Oslo aurait perdu le sens de la paix pour exorciser ses hantises en décernant ses prix à Aung San Suu Kyi et à Obama, Stockholm la boule pour décerner les siens à des kabbalistes astrophysiciens, à des maîtres-ès-surenchères et à des bardes. Sinon, on aurait primé mon Trump pour sa diplomatie de l’Ancient Deal qui met à nu tous ces diplomates qui remontent à l’ère où l’on ne disposait pas encore du télégraphe et qui, comme on le sait pertinemment dans les chancelleries, ne servent qu’à lever des toasts à la paix entre les nations, à l’entente entre les dieux et surtout à leur bonne chère, leur bon traitement et leur bonne vie.
On a beau rigoler, mais c’est tout un malaise que la pratique de la politique par Trump a révélé et l’on devra encore étudier le trumpisme dans les instituts de sciences politiques parce qu’il était d’abord et avant tout un coup de pied dans les écoles de gouvernance, de gestion et d’administration. Ce n’était ni Machiavel ni Confucius, ni Staline ni Mitterrand, c’était autre chose et l’on a tant négligé le phénomène – par snobisme savant – que je suis désolé d’annoncer aux démocrates de tous bords que le nightmare ne fait que commencer, pour eux et pour le monde…
Eva Perón disait avant sa mort : « Je reviendrai et je serai des millions. » C’est Trump qui est revenu et toute la question est de savoir qui reviendra après Trump et combien seront-ils ?

