The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
BILLET D’AILLEURS : SUR-POPULATION ET SUR-CONSOMMATION

C’est déroutant, c’est désastreux. Toute cette débâcle, toute cette mobilisation. Cette redistribution des cartes dont on ne sait ce qu’elle va donner. Ces mœurs décomposées, ces prières intériorisées, ces relations déroutées. Les modes de consultation médicale, celles d’enseignement à distance. Les déchirantes questions d’éthique médicale. La vulnérabilité de l’homme, ses tâtonnements, son lancinant silence. La pensée reste interdite devant cette plaie. Elle ne se risque ni à des considérations bioéthiques de crainte de dérives ni à des considérations théologiques de crainte d’encourir des anathèmes. C’est qu’on ne saurait encore présumer des retombées de cette crise. Peut-être passera-t-elle comme celle du SARS et oubliera-t-on les victimes pour retourner à des schémas de pensée, de comportement et de relation qui ravauderont la trame de l’habitation de la terre par l’homme telle qu’elle prévaut depuis la révolution industrielle, nonobstant des guerres meurtrières et des génocides sécrétées par l’intransigeance, l’intolérance et la haine interhumaines. Les bourses se remettront au vert, les théâtres rouvriront, les cours de récréation s’animeront, les intellectuels reprendront leurs disputes et les philosophes se remettront à pérorer. On célébrera dans la découverte d’un traitement le triomphe de la science et l’on décernera le prix Nobel aux chercheurs qui auront mis au point l’antidote variable s’adaptant à toutes les variétés de corona et à ses prochaines mutations. C’est probablement ce qui arrivera une fois qu’on aura enterré les morts, que les vols transcontinentaux seront rétablis et que les croisières reprendront. Sans vraiment tirer les conclusions de cette cuisante déconvenue de l’humanité atteinte dans sa vanité par elle ne sait quel… démon. Les statisticiens, toutes catégories confondues, épidémiologistes, chimistes, biologistes, auront connu leur heure de gloire comme nouveaux prophètes incitant à étaler la courbe de propagation de l’épidémie ; on racontera le dévouement du personnel médical débordé et acculé à des choix auxquels rien ne les préparait ; et l’on publiera quantité d’ouvrages qui ne diront rien – presque rien.
Ce n’est pas le mal, tel que l’entend l’éthique, le mal métaphysique, qu’exclut le bien, que sa source soit dans l’homme attentant à l’homme, animé par la haine et l’intolérance, ou dans la nature menaçant l’homme. On devine ( ?) comme une revanche dans cette plaie sanitaire sinon écologique. On l’attendait du climat, des océans, des plaques tectoniques, on le reçoit d’un marché de bestiaux, d’une chauve-souris, d’un virus. Nul ne sait comment cela a commencé, nul ne sait quand et comment cela va se terminer et à quel prix. Ce qui est sûr c’est que le pouvoir dévastateur et déstabilisateur de cette plaie dépasse les pires hantises. On en est à établir des centres de quarantaine – les hôtels et les auberges ne manquent nulle part – où les porteurs légers du virus seraient traités par un personnel médical lui aussi atteint et l’on va laisser aux chercheurs le temps de développer un médicament et/ou un vaccin. Malgré la télémédecine, qui ne convainc pas grand monde, l’humanité accuse dans ce domaine un certain retour au Moyen Age et à ses méthodes de confinement avec des verdicts de mort plus ou moins annoncés pour les secteurs les plus vulnérables de la population.
Une conclusion s’impose pourtant depuis deux décennies : en réclamant une exploitation sans cesse croissante des ressources naturelles et humaines, une plus grande dévastation de l'environnement, un tribut plus lourd en travail et une production de plus en plus accélérée, culminant dans cette surproduction qui caractérise la surenchère du gâchis, la croissance est le péché cardinal de l'humanité. La serre risque d'éclater et les retombées seront pires qu'une bombe nucléaire. Les pathologies de la pollution, de la scoliose du dos à la dilatation de la cage thoracique en passant par la boulimie et l'obésité ne furent que de premiers symptômes. Les pandémies menacent d’inscrire le chapitre le plus cuisant dans le régime hygiénique qui caractérise le mode actuel de l’habitation de la terre. Dans nombre de contrées, tout est pollué et l'on est à se plaindre de la qualité de l'air dans les grandes villes protégées comme New York et Londres. La terre tremble, les mers débordent, les glaciers fondent, les volcans se réveillent. On incrimine le climat, la pollution, la serre. Un virus ou l’autre. Nul ne songe à incriminer le surpeuplement et la surconsommation des populations les plus nanties.
La poursuite de la croissance, exploitant sans distinction les ressources, encourageant la compétitivité, célébrant l’innovation, n’annonce rien moins qu’un désastre. Son prix sera la liberté de l’homme, rendue caduque en période de pandémie comme en période de guerre, le sens qu’il trouve à baigner dans un mystère et sa quête de bonheur. Elle serait en train de se retourner contre l’homme robotisé partiellement sous la surveillance de son portable. Elle génère des crises humanitaires au sein des sociétés occidentales – la crise démentielle de la vieillesse pour ne citer qu'elle – et de dangereux et ruineux soubresauts écologiques. Le leurre d'une croissance continue hypothèque l’avenir des jeunes générations qui ne pourront assumer les charges que leur lèguent les générations portées par l'irresponsable pari sur une croissance qui aura couvert l'escapisme de gouvernements surendettés et de plus déresponsabilisés et le parasitisme de populations sur-comblées. Les économistes doivent se résoudre à articuler une économie de la récession programmée recouvrant des plans d'austérité et des morales de la sobriété. Sans reculer devant les dilemmes – éthiques surtout – auxquelles ces économies confronteront les sociétés humaines.
C’est, dans tous les cas, une nouvelle « forme de vie » qui doit se mettre en place et celle-ci devrait se mesurer sans complexes aux régimes de gouvernance (on ne peut davantage ignorer le modèle que propose la Chine, évaluer ses avantages et ses inconvénients, tenter de le concilier avec les acquis des libertés…), tant au niveau local que mondial, procéder à une révision audacieuse des questions bioéthiques, à une consolidation des passerelles entre les cultes et les rites religieux, à une reconsidération des dissipations humaines. On a ruiné les traditions, récusé les rites, digitalisé les mœurs. On a brisé les amarres qui inséraient l'homme dans son univers cosmique et naturel. On ne prend pas le temps de tisser de nouveaux liens que ceux-ci sont rompus par des ratures et des remaniements. On n'est plus dans le monde ; on est hors de lui ; voire on est hors de soi et ce n'est pas tant un signe de vitalité que d'hystérie. On n'est plus contenu par la nature, on s'en est rendu maître. L'homme n'est plus chez lui auprès de ses dieux et ce n'est que maintenant que l'on expérimenterait l'exclusion du paradis.
De quelque part sur la courbe de l’expansion de cette pandémie, comme chacun, j’en suis encore à me demander ce que le corona provoquera comme changements dans la pensée autant que dans les dispositions de l’homme…

